PREMIERE PARTIE
trop pleurer les morts. . . La dureté de la plupart des vivans s'accommode fort bien de cette philosophie. Mais faisons-y réflexion : c'est à de pareils amis que l'on sacrifie si souvent sa religion , sa conscience, ses devoirs , son ame. C'est pour ces places, pour ces emplois de distinction , qui ne sauraient être que la matière d'un compte plus long et plus rigoureux , qu'on a tant d'empressement et de jalousie. C'est pour amasser ces livres et ces petits meubles curieux, qu'on n'a pas honte d'importuner la libéralité et quelquefois l'avarice d'un parent ou d'un étranger ; encore , pourvu que les supérieurs sachent et agréent toujours ce qui se passe C'est pour se faire cette réputation frivole ou de bel esprit, ou de personne habile aux ouvrages de la main, qu'on laisse ses exercices de piété, ou qu'on ne les fait plusieurs années que très-négligemment. Le corps est à l'autel , le cœur est ailleurs , à l'étude, à la lecture , aux occupations souvent frivoles , quelquefois criminelles et toujours déplacées. Ah ! devenons sages aux dépens d'autrui , et que personne jamais ne puisse le devenir à nos propres dépens. Sacrifions à Dieu , et de bonne grâce , et d'avance , ce que la mort demain peut-être lui sacrifiera par une nécessité : c'est le parti sage. Ergo optimum est ut voluntate fastidias quo te vides necessitate cariturum. Ah ! plus donc d'attention qu'à mourir à tout, pour nous trouver déjà tout préparés au moment de notre rappel. Quotidiè morior. Plus de ces vastes projets pour un avenir si éloigné et si incertain ; plus d'envie de faire parler de nous après notre mort ; plus de travail , plus de lectures que par devoir ou par obéissance ; plus d'amis qui
ne nous portent à Dieu par leurs sages conseils, par leurs bons exemples. Chaque année, chaque jour , s'il se peut, faisons de fréquens apprentissages de la mort : défaisons-nous et de toutes les choses et de toutes les personnes qui nous amusent, qui nous partagent , qui nous embarrassent , qui nous détournent du parfait service de Dieu. Apprenons à nous contenter de peu , à nous passer de ce qui n'est pas absolument et indispensablement nécessaire. Faisons des connaissances , des habitudes dans un autre monde où nous devons être toujours.
TROISIÈME POINT
Ce qu'il y a d'incertain et de certain tout à la fois.
C'est l'état éternel de chacun de nous après la mort.
11 est donc certain qu'il y aune éternité heureuse ou une éternité malheureuse qui m'attend : mais laquelle des deux sera mon partage, cela est incertain.
Il est certain que Y arbre demeurera ou il sera tombé, au midi ou a l'aquilon : mais de quel côté tombera-t-il P Cela est incertain. Suis-je en grâce ? et quand j'y serais , sais-je ce que Dieu me réserve pour tant de péchés et d'infidélités? Le démon dort-il ? Et si Dieu lui donne le pouvoir de me tenter ?...
11 est certain qu'on meurt d'ordinaire comme on a vécu ; heureusement , si Ton a bien vécu ; mais extraordinairement le contraire peut arriver ; on en rapporte assez d'exemples pour en faire craindre quelque nouveau.
Eût-on bien vécu , il est donc incertain comment