‹ Œuvres spirituellesChapitre 11 sur 75 · JEUDI · texte numérisé non relu

JEUDI

Méditation sur le jugement dernier.

En ce jour vous penserez au jugement dernier, afin que cette considération réveille en vous ces deux sentiments si importants, qui doivent se trouver en tout fidèle chrétien, je veux dire la crainte de Dieu et Phorreur du péché.

Considérez d'abord combien sera terrible ce jour auquel s'examineront les causes de tous les enfants d'Adam, se termineront les procès de nos vies, et se prononcera la sentence définitive qui recevra son exécution dans l'éternité. Ce jour embrassera en lui seul tous les jours et tous les siècles. En ce jour Dieu répandra la colère et la fureur provoquée par les péchés de tous les siècles. Imaginez-vous donc avec quelle impé-

luosité s'élancera ce grand fleuve de l'indignation divine, recevant autant d'affluents de colère et d'indignation qu'il y aura de péchés commis depuis le commencement du monde!

En second lieu, considérez les signes épouvantables qui précéderont ce jour; car, comme dit le Sauveur, avant que ce jour vienne, il y aura des signes dans le soleil et dans la lune, et dans les étoiles, enfin, dans toutes les créatures du ciel et de la terre; parce que toutes sentiront leur fin avant qu'elle arrive ; elles se troubleront et commenceront à trembler avant qu'elles tombent. Quant aux hommes, ajoute le Sauveur, ils sécheront de crainte, ils sentiront une défaillance mortelle en entendant les effroyables mugissements de la mer, en voyant les grandes vagues qu'elle soulèvera et les tourmentes dont elle sera agitée, pressentant, par ces signes si effrayants, les grandes calamités et les grandes misères qui menacent le monde. Ainsi on les verra frappés de stupeur, épouvantés, le visage pâle et défiguré, morts, en quelque sorte, avant de mourir, et condamnés avant le jugement, mesurant les périls sur leurs propres terreurs, et chacun tellement occupé du péril qui le me-

36 TRAITÉ DE l'oraison ET DE LA MEDITATION.

nace, qu'il ne fera point attention à celui des autres; un père ne songera point à son fils, ni un fils à son père. Nul ne pourra être de quelque secours pour un autre, parce que nul ne se suffira à lui-même.

En troisième lieu, représentez-vous ce déluge universel de feu qui précédera la venue du Juge; et entendez le son effroyable de cette trompette de l'archange qui appellera toutes les générations du monde , afin qu'elles s'assemblent en un même lieu, et qu'elles se trouvent présentes au jugement! Considérez surtout la majesté terrible avec laquelle le juge doit venir î

Considérez ensuite combien rigoureux sera le compte qui sera demandé à chacun dans ce jugement. Vérîtablemejit , dit Job, je sais que V homme, mis en regard de Dieu, ne peut être justifié, et que s'il veut disputer avec lui^ sur mille accusations j à peine pourra-i-il se justifier sur une (i). Q.ue se passera-t-il donc alors dans l'âme de chacun des méchants, quand Dieu entrera avec lui dans cet examen, et que, dans

Ci) Vere scio quod non justiticetur homo compositus Dec. Si voluerit contendere cum eo, non poterit ei respor.dere unum pro mille, (Job, ix, %, 3.)

MÉDITATIONS, SERIK I. -- JEUDI. :>"]

le tond de sa conscience, il lui dira : Viens ici, homme mauvais; qu'as-tu vu en moi pour me mépriser de la sorte et pour passer dans le camp de mon ennemi ? Je te créai à mon image et à ma ressemblance, je te donnai la lumière de la foi, je te lis chrétien, je te rachetai de mon propre sang; pour toi je jeûnai, je me fatiguai dans les voyages, je veillai, je vécus dans les travaux et les douleurs, je suai des gouttes de sang; pour toi j'endurai persécutions, coups de fouet, blasphèmes, moqueries, souîtiets, affronts,- tourments, enfin la croix. Témoin cette croix et ces clous qui paraissent à tes yeux; témoin ces plaies des pieds et des mains qui sont restées dans mon corps; témoin le ciel et la terre devant lesquels j'endurai ces tourments. Eh bien î qu'as-tu fait de cette àme que j'achetai au prix de mon sang? au service de qui as-tu employé ce qui me coûta si cher? O génération insensée et adultère! Pourquoi as-tu mieux aimé servir ton ennemi avec angoisse, que moi, ton Créateur et ton Rédempteur, avec joie? Je vous ai appelés tant de fois, et vous ne m'avez pas répondu; j"ai frappé à vos portes, et vous ne vous êtes point éveillés; j'ai '^-tenda mes mains sur la croix, et vous ne les

avez point regardées ; vous avez méprisé tous mes conseils, toutes mes promesses et toutes mes menaces. Parlez donc maintenant, anges bienheureux, soyez juges entre moi et ma vigne. Qu'ai-je dû faire pour elle que je n'aie fait?

Que pourront répondre à cela les méchants, ceux qui se sont moqués des choses divines, ceux qui ont tourné en ridicule la vertu, ceux qui ont méprisé la simplicité, ceux qui ont préféré les lois du monde à celles de Dieu, ceux qui ont été sourds à toutes les voix, insensibles à toutes les inspirations, rebelles à tous les commandements, ingrats et endurcis à tous les châtiments et à tous les bienfaits ?

Que répondront ceux qui ont vécu comme s'ils croyaient qu'il n'y avait point de Dieu, et qui n'ont connu d'autre loi que leur intérêt? « Que « deviendrez-vous , dit Isaïe à tous ces con- « tempteurs de Dieu, au jour de la visite, et de (( la calamité qui vous viendra de loin? A qui « demanderez-vous secours, et de quoi vous a servira l'abondance de vos richesses (i)?i)

(i) Quid facietis in die visitationis, et calamitatis de longe venieniisl' Ad cujus confugietis auxiliiim r Et ubi derelinquetis gloriam vestram '. (Isai., x, 3.)

Enfin, après tout cela, considérez la terrible sentence que le Juge fulminera contre les méchants, et cette terrible parole qui fera trembler les oreilles de quiconque l'entendra. « Ses lèvres» a dit Isaïe, sont pleines d'indignation, et sa « langue est comme un feu qui dévore (i). » Y eut-il jamais un feu qui embrase autant que ces paroles : « Eloignez-vous de moi, maudits, allez « au feu éternel qui a été préparé pour Satan et « pour ses anges (2) ? d

Quelle source pour nous de sentiments et de réflexions que chaque parole de cette sentence! Cetéloignement! cette malédiction! ce feu! cette compagnie! et par-dessus tout cette éternité!

(i) Labia ejus repleta sunt indignalione, et lingua ejus quasi ignis devorans. [Isai., xxx, 27.)

(2) Discedite a me, maledicti, in ignem œternum, qui paratus est diabolo, et angelis ejus. (Matth.. xxv, 41,)

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