‹ Œuvres spirituellesChapitre 14 sur 75 · DIMANCHE · texte numérisé non relu

DIMANCHE

Méditation sur les bienfaits de Dieu .

Ce jour, vous méditerez sur les bienfaits de Dieu pour lui en rendre grâces et pour vous embraser d'amour envers celui qui vous a comblé de tant de biens. Quoique ces bienfaits soient innombrables, néanmoins il en est cinq principaux qui pourront être, d'une manière plus particulière, l'objet de votre méditation ; les voici : la création, la conservation, la rédemption, la vocation , enfin , les bienfaits particuliers et cachés.

Et d'abord, quant au bienfait de la création, considérez attentivement ce que vous étiez avant d'être tiré du néant, ce que Dieu fit pour vous, et ce qu'il vous donna avant aucun mérite de votre part. Ce corps avec ses membres et ses

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sens, cette àme si excellente avec ses trois nobles facultés, l'entendement, la mémoire, la volonté, c'est un pur don qu'il a fait à votre néant. Et remarquez bien que vous donner une âme de cette nature, c'était en même temps vous donner toutes choses; car il n'y a aucune perfection, dans quelque créature que ce soit, que l'homme ne la possède à sa manière; par où l'on voit qu'en nous dotant seulement de cette âme immortelle, Dieu, d'un seul coup, nous donnait le monde entier en apanage.

Quant au bienfait de la conservation, considérez combien votre être tout entier dépend de la providence divine, comment vous ne pourriez ni vivre un instant, ni faire un pas, si Dieu n'intervenait. Embrassant d'un regard toutes les choses de ce monde, admirez comment; dans sa bonté, Dieu les créa pour votre service, la mer, la terre, les oiseaux, les poissons, les animaux, les plantes , et jusqu'aux anges du ciel. Ce n'est pas tout : c'est lui qui vous donne la santé, les forces, la vie, la nourriture, avec tous les autres secours temporels. En outre, pesez avec beaucoup de réflexion les misères et les désastres où vous voyez chaque jour tomber d'au-

ires hommes; vous auriez pu, vous aussi, y tomber, si Dieu, dans sa bonté, ne vous en eût

préserve.

Quant au bienfait de la rédemption, vous pouvez considérer deux choses : la première, le nombre et la grandeur des biens dont Dieu nous enrichit par ce mystère ; la seconde, le nombre et la grandeur des maux que ce divin Rédempteur souffrit en son corps et en son âme trèssainte pour nous gagner ces biens. Afin de mieux sentir ce que vous devez à ce Seigneur, vous pouvez considérer ces quatre principales circonstances dans le mystère de sa sainte passion : Quel est celui qui souffre ? Que souffre-til? Pour qui souffre-t-il? Pour quelle cause souffre-t-il? — Quel est celui qui souffre? C'est un Dieu. Que souffre-t-il? Les plus grands tourments, les plus grandes ignominies que l'on endura jamais. Pour qui souffre-t-il? Pour des créatures dignes de l'enfer, exécrables, et, par leurs œuvres, semblables auxdémons eux-mêmes. Pour quelle cause souffre-t-il ? Ce n'est ni son profit, ni nos mérites qui lui font embrasser la croix, mais uniquement les entrailles de sa charité et de sa miséricorde.

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Venons au bienfait de la vocation. Voyez combien est grande la grâce que Dieu vous a faite en vous mettant au nombre des chrétiens, en vous appelant à la foi par le baptême, et en vous donnant part aux autres sacrements. Si, après une vocation si sainte, vous avez eu le malheur de perdre Tinnocence, et si alors il vous a retiré du péché, rendu à sa giâce et rétabli dans l'état de justice, comment pourrez-vous jamais lui témoigner assez de reconnaissance et d'amour pour un tel bienfait? Quelle n'a pas été sa miséricorde à votre égard de vous attendre si longtemps, de supporter tant de péchés, de vous envoyer tant d'inspirations , et de ne pas trancher le fil de votre vie comme il l'a tranché pour d'autres qui étaient dans le même état que vous ! Au lieu de céder à sa justice, c'est lui, c'est ce Dieu de clémence qui vous a appelé du tombeau du péché par un cri si puissant de sa grâce, que vous vous êtes vu ressuscité de la mort à la vie, et que vous avez ouvert les yeux à la lumière. Comment enfin reconnaître la miséricorde dont il a usé envers vous depuis l'heureux moment de votre conversion, en vous donnant la grâce de ne pas revenir au péché, dj

MEDITATIONS, SERIi: I. DIMANCHE. DJ

vaincre rennemi et de persévérer dans le bien? Ce sont là des bienfaits publics et connus ; il en est d'autres qui sont secrets, et dont celui qui les a reçus possède seul la connaissance ; il y en a ménne qui sont tellement secrets, qu'ils se dérobent à la connaissance de celui qui les reçoit, et ne sont connus que de Celui de la main duquel ils partent. Combien de fois n'auriez-vous pas, en ce monde, mérité par votre orgueil ou par votre négligence, ou par votre ingratitude^ que Dieu vous abandonnât comme il en a peutêtre abandonné un grand nombre pour quelqu'une de ces causes? et cependant il ne l'a pas fait. Qui pourra dire combien de maux, combien d'occasions de péché le Seigneur a daigné prévenir par sa providence, en détruisant les trames de l'ennemi, en lui coupant le chemin, en empêchant ses menées et ses conseils? Combien de fois n'aura-t-il pas fait pour chacun d'entre nous ce qu'il dit à saint Pierre ; « Vois, « Satan a souhaité avec ardeur de vous broyer « tous par la tentation, pour vous passer au cri ble 'c comme du froment; mais j'ai prié pour toi, afin « que ta foi ne succombe point. » Or, de tels secrets, qui peut les connaître, sinon Dieu seul ?

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Les bienfaits positifs, l'homme peut bien parfois les connaître ; mais les bienfaits privés, qui ne consistent point à nous enrichir de biens, mais à nous délivrer des maux, qui en aura la connaissance? Pour ces bienfaits inconnus, comme pour les autres, il est juste que nous ne cessions jamais de rendre grâces au Seigneur, et que nous comprenions combien nous sommes insolvables à son égard, combien ce que nous pouvons lui payer est peu de chose en comparaison de nos dettes, puisque nous ne pouvons pas même comprendre ce que nous lui devons.

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