‹ Œuvres spirituellesChapitre 13 sur 75 · SAMEDI · texte numérisé non relu

SAMEDI

Méditation sur le ciel,

Ce jour, vous méditerez sur la gloire des bienheureux, afin d'exciter par là votre cœur au mé- Dris du monde, et d'allumer en vous le désir d'être en leur compagnie.

Pour vous former quelque idée de la béatitude des saints, vous pourrez considérer cinq choses entre tant d'autres qui se rencontrent dans le divin séjour qu'ils habitent : l'excellence du séjour^ la félicité de la compagnie, la vision de Dieu, la gloire des corps, enfin la parfaite réunion de tous les biens.

Considérez en premier lieu l'excellence du séjour, et d'abord quant à l'étendue. Qu'elle est admirable! Quand l'homme réfléchit à ce fait.

qu'il n'est pas une étoile du ciel qui ne soit incomparablement plus grande que toute la terre; quand après cela, il lève les yeux au ciel, et qu'il y découvre une si étonnante multitude d'étoiles et de si vastes espaces vides qui en pourraient contenir un très-grand nombre d'autres, il demeure immobile d'étonnement. Gomment, en effet, ne resterait-il pas saisi, ravi hors de lui-naéme, en considérant l'immensité de ces espaces r Et comment son ravissement ne redoublerait-il pas, quand il considère que tous ces mondes , que ce grand Dieu tira du néant, ne sont encore rien en comparaison de l'immensité du séjour qu'il nous destiner

Quant à la beauté de ce séjour, il n'est pas de langage qui puisse la peindre. Si Dieu, dans cette vallée de larmes, dans ce lieu d'exil, créa des choses si admirables et d'une si grande beauté, que n'aura-t-il pas créé dans ce séjour qui est le sanctuaire de sa gloire, le trône de sa grandeur, le palais de sa majesté, la maison de ses élus, le paradis de toutes les délices?

Après l'excellence du séjour , considérez la noblesse de ceux qui y habitent; leur nombre, leur sainteté, leurs richesses, leur beauté, dé-

48 TRAITÉ DE l'oraison ET DE LA MEDITATION.

passent tout ce que la pensée peut en concevoir.

Saint Jean dit que la multitude des élus est si grande, que nul ne peut venir à bout de les compter. Saint Denis dit que le nombre des anges est si grand, qu'il dépasse, sans comparaison, celui de toutes les choses matérielles que renferme la terre. Saint Thomas, se conformant au sentiment de saint Denis, dit : De même que la grandeur des cieux l'emporte, sans proportion, sur celle de la terre ; de même la multitude de ces esprits glorieux l'emporte, avec la même supériorité, sur celle de toutes les choses matérielles qui sont renfermées en ce monde (i). Or, que peut-on concevoir de plus admirable? Certes, c'est là une chose qui, bien approfondie, suffirait pour jeter tous les hommes dans le ravissement.

En outre, chacun de ces bienheureux esprits, même le moindre d'entre eux, est plus beau que tout ce monde visible. Que sera-ce donc de voir un nombre si prodigieux de ces esprits si beaux, de voir les perfections, les offices de chacun d'entre eux? Là, les Anges portent les messages,

(i) Voyez les textes, \\ 52.

les Archanges servent, les Principautés triomptient, les Puissances tressaillent d'allégresse, les Dominations exercent l'empire, les Vertus resplendissent, les Trônes jettent des éclairs, les Chérubins envoient leurs lumières, les Séraphins brûlent, et tous chantent des cantiques de louanges à Dieu. Si la compagnie et le commerce des bons a tant de charme et de douceur, que sera-ce de traiter dans le ciel avec tant de saints, de s'entretenir avec les apôtres, de converser avec les prophètes, de communiquer avec les martyrs et tous les élus? S'il y a tant de gloire à jouir de la compagnie des bons, que sera-ce de jouir de la compagnie et de la présence de Celui que louent les étoiles du matin, dont le soleil et la lune admirent la beauté, et devant qui se courbent de respect et d'amour les anges et tous ces esprits souverains? Que sera-ce de voir ce bien universel en qui sont tous les biens, et ce monde supérieur en qui sont tous les mondes? de voir Celui qui, étant un, est cependant toutes choses; et qui, étant souverainement simple, embrasse toutes les perfections? Si ce fut une si grande chose d'entendre et de voir le roi Salomon, que la reine de Saba

disait : Bienheureux ceux qui vivent en votre présence et qui jouissent de votre sagesse! que sera-ce de voir ce grand Dieu dont Salomon ne fut que l'image, de contempler de ses propres yeux cette éternelle sagesse, cette infinie grandeur, cette inestimable beauté, cette bonté immense, et d'en jouir à jamais? C'est là la gloire essentielle des saints ; c'est là la fin dernière, le terme suprême de tous nos désirs.

Considérez ensuite la gloire des corps. Ces quatre qualités feront leur éternel apanage ; la subtilité, l'agilité, l'impassibilité, la clarté. Cette clarté sera si grande que le corps de chaque élu resplendira comme le soleil dans ce royaume de la gloire. Or, si un seul soleil placé au centre du ciel suffit pour donner la lumière et l'allégresse à tout cet univers, que feront tant de vivants soleils et tant de lampes inondant de leurs clartés ce divin séjour?

Que dire maintenant de tous les autres biens qui s'y trouvent réunis? Là, la santé, sans maladie; la liberté, sans esclavage; la beauté, sans ombre et sans défauts; l'immortalité, sans atteinte de corruption; l'abondance, sans besoins; le repos, sans trouble; la sécurité, sans crainte; les con-

naissances, sans erreur; le rassasiement, sans dégoût; la joie, sans tristesse; et Thonneur, sans contradiction. Là, nous dit saint Augustin, sera la véritable gloire, où nul ne sera loué par erreur ni par flatterie. Là, le véritable honneur, qui ne sera point refusé au digne, ni accordé à l'indigne. Là sera la véritable paix , où l'on n'aura rien à souffrir ni de soi ni des autres. La récompense de la vertu sera Celui qui donna la vertu, et se promit lui-même comme salaire et jomme couronne de la vertu; il sera éternellement contemplé face à face, il sera aimé d'un amour toujours nouveau et béni avec une arjeur toujours renaissante. Là, un séjour vaste, beau, resplendissant, sûr. Là, une compagnie parfaite et souverainement aimable. Là , un Temps à souhait, et toujours le même, sans distinction de soir ni de matin ; c'est la durée simple de l'éternité qui persévère. Là, un perpétuel printemps qui, par la fraîcheur et l'haleine de l'Esprit-Saint, fleurit sans cesse. Là, tous sont dans l'allégresse; là, tous bénissent et chantent ce souverain Bienfaiteur de qui émanent tous les dons^ et par la largesse duquel ils vivent et régnent pour une éternité. O cité céleste, séjour

52 TRAITÉ DE l'oRAISON ET DE LA MEDITATION.

sûr, terre, paradis de toutes les délices, peuple heureux, où l'on n'entend jamais aucune plainte, habitants paisibles, mortels fortunés à qui rien ne manque! Ah! que ne puis-je en ce moment voir le terme de mon combat! Oh! si mon exil touchait à sa fin! quand arrivera ce jour? Quand viendrai-je, et quand me sera-t-il donné de paraître devant la face de mon Dieu ?

Dicendum est, quod Angeli in quadam muhitudine maxima sunt, omnem materialem multitudinem excedentes. Et hoc est quod dicit Dionys. cap. ix, Cœlest. Hierarch. : Multi sunt beati exercitus supernarum mentium, infirmam et constrictam excedentes nostroruni materialium numerorum commensurationem.

Dionysius ponit, cap. xiv. Cœlest. Hierarch.^ quod multitude Angelorum transcendit omnem materialem multitudinem, ut scilicet, sicut corpora superiora transcendunt corpora inferiora magnitudine quasi in immensum. ita superiores naturae incorporeae transcendunt omnes naturas corporeas ; quia quod est melius, est magis a Deo intentum et multiplicatum.

(/. q. f 12. 4. ad. 2.)

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