CHAP. IV. MANIÈRE DE MEDITER LA PASSION
notre misère ; c'est-à-dire pour payer nos dettes, pour nous secourir dans nos nécessités, pour nous mériter sa grâce, pour humilier notre orgueil, et pour nous porter au mépris dj monde, ' à l'amour de la croix, de la pauvreté, de la pénitence, des injures, et de toutes les peines qui accompagnent d'ordinaire la vertu et la vie chrétiennes.
D'autres fois, il nous faut jeter les yeux sur les exemples des vertus qui resplendissent en sa irès-sainte vie et en sa très-sainte mort, sur sa douceur, sur sa patience, sur son obéissance, sur sa miséricorde, sur sa pauvreté, sur sa pénitence, sur sa charité, sur son humilié, sur sa bénignité, sur sa modestie, et sur toutes les autres vertus, qui resplendissent dans toutes ses œuvres et toutes ses paroles, plus que les étoiles dans le hrmament, afin d'imiter en quelque petite chose ce divin modèle; de cette sorte, nous ferons fructifier Tesprit et la grâce qu'il lui a plu de nous donner pour cela, et nous irons ainsi de lui à lui. C'est là la plus haute et la plus utile manière de méditer la passion de Jésus-Christ, j'entends de la méditer par voie d'imitation. Car par là, nous pourrons arriver à la transforma-
•tibn, et nous pourrons dire avec l'Apôtre : ce Je « vis, non, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésusa Christ qui vit en moi. )> [Gai., 11, 20.)
Mais de plus, il convient dans tous ces mystères, d'avoir toujours Jésus- Christ présent devant nos yeux, et de nous considérer nousmêmes comme présents devant lui. Non-seulement nous devons méditer chacun des mystères de sa passion, mais nous devons encore en peser toutes les circonstances, et spécialement les quatre suivantes : Qui est celui qui souffre? Pour qui souffre-t-il? Comment souffre-t-il? Pour quelle cause souffre-t-il? Qui est celui qui souffre? C'est un Dieu tout-puissant, infini, immense, u Dieu en un mot qui possède toutes les perfections. Pour qui souffre-t-il? Pour la créature la plus ingrate et la plus méconnaissante qui fut jamais. Comme souffre-t-il? Avec une humilité, une charité, une bénignité, une douceur, une miséricorde, une patience, une modestie toutes divines. Pour quelle cause souffre-t-il? Ce n'est pour aucun intérêt propre, ni parce que nous l'avons mérité, mais uniquement à cause de l'infinie bonté et de l'infinie miséricorde de son cœur.