‹ Œuvres spirituellesChapitre 19 sur 75 · LUNDI · texte numérisé non relu

LUNDI

Méditation sur le lavement des pieds et l'institution du Très-Saint-Sacrement.

En ce jour, après le signe de croix et la préparation déjà indiquée, vous méditerez sur Notre- Seigneur lavant les pieds à ses disciples, et instituant le très-saint Sacrement.

Considère, ô mon âme, dans cette cène la ravissante douceur, l'ineffable bonté de ton Jésus; vx)is l'inestimable exemple d'humilité qu'il te donne, en se levant de table et en lavant les pieds à ses disciples.

O bon Jésus, que faites-vous? O doux Jésus, pourquoi votre majesté s'abaisse-t-elle à un tel

point! O mon àoie, qu'aurais-tu senti si tu avais vu ton Dieu à genoux devant les pieds des hommes, surtout devant les pieds de Judas? Cruel, comment ton cœur ne s'amollit-il pas en présence d'une si grande humilité? Comment tes entrailles ne se brisent-elles pas en présence d'une si touchante mansuétude? Est-il possible que tu aies résolu de vendre ce très-doux agneau? Est-il possible que la componction ne pénètre pas ton âme à la vue de cet exemple? O blanches et belles mains, comment pouvez-vous toucher des pieds si souillés et si abominables? O très-pures mains, comment ne reculez-vous pas d'horreur en lavant ces pieds dégoûtants de la boue du crime, et qui ont couru les chemins de la trahison pour trafiquer de votre sang? O apôtres bienheureux, comment ne tremblez- vous pas en voyant cet excès d'humilité? Pierre, que fais-tu? Consentiras-tu par hasard que le Seigneur de la majesté te lave les pieds? Saisi d'étonnement et comme hors de lui-même, dès qu'il a vu le Seigneur à genoux devant lui, il commence à lui dire : « Eh 1 quoi, Seigneur, c'est vous qui « me lavez les pieds- N'étes-vous pas le Fils du « Dieu vivant? N'étes-vous pas le Créateur du

68 TRAITÉ DE l'oraison ET DE LA MEDITATION.

c( monde? N'êtes-vous pas la beauté du ciel? le 'c paradis des anges? le salut des hommes? la « splendeur de la gloire du Père? la fontaine « de la sagesse de Dieu, dans les hauteurs du (( ciel? Et c'est vous qui voulez me laver les « pieds! Vous, Seigneur de tant de majesté et de (( gloire, vous voulez me rendre un office si hu- « miliant et si bas ! »

Considérez aussi comment cet adorable Maître, en achevant de laver les pieds, les essuie avec ce linge dont il était ceint; pénétrez plus avant avec les yeux de l'âme, et dans ce mystère vous verrez représenté au vif le témoignage de notre rédemption. Voyez comme ce linge prenant tout ce qu'avaient d'immonde ces pieds souillés, ils demeurèrent propres, tandis que le linge mystérieux, après cet office, gardait toutes les taches et toutes les souillures. Quoi de plus souillé que l'homme conçu dans le péché? et quoi de plus pur et de plus beau que le Christ conçu de l'Esprit-Saint?

M 071 Bien- Aimé est blanc ^ mais il a aussi r éclat vermeil de la rose^diX. l'Epouse des Cantiques, et il est choisi entre mille. C'est ce Bien-Aimé si beau et si pur qui a voulu rece-

voir en lui toutes les taches et toutes les souillures de nos âmes ; mais ce qu'il enlève à ces âmes, qu'il laisse pures et affranchies, il le garde sur la croix, et c'est ce qui le fait paraître à nos yeux si flétri et si défiguré.

Méditez ensuite ces paroles par lesquelles le Sauveur met fin à cette histoire : Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme vous m'avez vu faire. Il ne faut pas seulement rapporter ces paroles à ce mystère et à cet exemple d'humilité, mais encore à toutes les œuvres et à la vie entière de Jésus-Christ; car elle est le modèle le plus accompli de toutes les vertus, et en particulier de celle qui se montre si bien à nous dans ce mystère.

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