QUATRIÈME AVIS
Du genre d'attention qu'on doit apporter à l'exercice de
l'oraison.
De tout ce qui vient d'être dit, nous pouvons conclure quelle doit être l'attention que nous devons apporter à l'exercice de l'oraison. C'est la
l56 TRAITÉ DE l'oraison ET DE LA MEDITATION,
surtout qu'il convient de n'avoir ni le cœur abattu ni lâche, mais de le tenir ferme, attentif et élevé en haut. Mais s'il est nécessaire d'y être avec cette attention et ce recueillement de cœur, d'un autre côté, il convient que cette attention soit tempérée et modérée, afin qu'elle ne nuise point à la santé, et qu'elle n'empêche pas la dévotion. Car il est des personnes qui fatiguent leur tête par les trop grands efforts qu'elles font pour être attentives à ce qu'elles pensent, comme nous l'avons dit plus haut; et il en est d'autres qui, pour éviter cet inconvénient, se tiennent là, avec beaucoup de lâcheté, de laisser-aller, et avec beaucoup de facilité à se laisser emporter à tous les vents. Pour fuir ces extrémités, il faut se tenir dans un juste milieu, de telle sorte qu'on ne se fatigue point la tête par une attention excessive, et que, par trop de négligence et de lâcheté, on ne laisse point voltiger l'imagination où bon lui semble.