‹ Œuvres spirituellesChapitre 45 sur 75 · CINQUIÈME AVIS · texte numérisé non relu

CINQUIÈME AVIS

Prrsévérance qu'on doit montrer dans Toraison. — Con duite à tenir dans les sécheresses.

Mais entre tous ces avis, voici le principal : que celui qui prie ne perde pas courage, et qu'il n'abandonne pas son exercice, lorsqu'il ne sent pas tout de suite cette douceur de dévotion qu'il désire. Il faut attendre avec longanimité et persévérance la visite du Seigneur; car la gloire de ce souverain Maître, la bassesse de notre condition et la grandeur de l'affaire que nous traitons, demandent que nous attendions souvent, et que ■nous nous tenions en suppliants aux portes de son palais sacré.

Quand vous aurez donc ainsi attendu un peu de temps, si le Seigneur vient, rendez-lui des actions de grâces de sa visite; et s'il vous semble qu'il ne vient pas, humiliez-vous devant lui^ reconnaissez que vous ne méritez pas la faveur qui vous est refusée. Contentez-vous d'avoir fait là le sacrifice de vous-même, d'avoir renoncé à votre volonté, d'avoir crucifié votre désir natu-

l58 TRAITÉ DE l'oraison ET DE LA MEDITATION.

rel, d'avoir lutté contre le démon et contre vousmême, et d'avoir fait au moins ce qui dépendait de vous. Que si vous n'avez pas adoré le Seigneur d'une adoration sensible, il doit vous suffire de l'avoir adoré en esprit et en vérité, attendu que c'est ainsi qu'il veut être adoré. Croyez-moi, c'est là, sans contredit, le pas le plus périlleux de cette navigation, et l'endroit où l'on reconnaît les véritables dévots; et si vous en sortez heureusement, tenez-vous pour assuré que le reste de la course sera prospère.

Enfin, si après avoir fait tout ce qui dépend de vous, il vous semblait encore que c'est temps perdu de persévérer dans l'oraison, et que c'est fatiguer votre tête sans profit, alors vous pourriez sans inconvénient prendre quelque livre de dévotion et changer rorai:on en lecture. Vous observerez toutefois de ne point lire à la hâte ni en courant, mais d'une manière posée, en vous pénétrant profondément de ce que vous lisez, et en mêlant souvent la prière à la lecture. Cette pratique est très-profitable aux âmes, plus facile pour toutes sortes de personnes, à la portée même des plus ignorantes surtout en ce qui regarde le chemin de l'oraison.

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SIXIEME AVIS

Du temps à consacrer à l'oraison, suivant les états et les personnes. — Consolante doctrine pour ceux qui ont peu de temps à donner à cet exercice.

Cet avis ne diffère point du précédent, mais il le complète. Il est nécessaire que le serviteur de Dieu sache bien qu'il ne doit pas se contenter de quelque petit goût qu'il trouve dans l'oraison, ainsi que le font certaines personnes; elles n'ont pas plus tôt répandu une petite larme, ou senti quelque tendresse de cœur, qu'elles pensent avoir terminé leur exercice. Cela ne suffit point pour la fin que nous nous proposons. Pour que la terre porte des fruits, il ne suffit pas d'un peu de rosée ni d'une légère pluie, qui ne fait qu'abattre la poussière et mouiller la superficie. Il faut une quantité d'eau telle, qu'elle pénètre le sol et l'humecte de manière à le féconder. De même, dans l'oraison, il nous faut non quelques gouttes, mais abondance de cette rosée et de cette eau céleste, afin que nos âmes donnent les fruits des bonnes œuvres. C'est

pourquoi l'on nous conseille avec beaucoup de raison de consacrer à ce saint exercice le plus de temps qu'il nous sera possible. Il vaudrait mieux y employer d'un trait un long espace, que d'y revenir deux fois et de n'y consacrer que de courts intervalles. Si l'on n'a que peu de temps, il se passe en quelque sorte tout entier à apaiser l'imagination, à calmer le cœur; et à peine notre âme est-elle en paix, que nous nous levons de l'exercice, quand nous devrions le commencer.

Pour préciser plus en détail la limite de ce temps, il me semble que tout ce qui est moins qu'une heure et demie ou deux heures, est un espace court pour l'oraison : car souvent une demi-heure se passe à accorder l'instrument, c'est-à-dire à mettre l'imagination en repos ; et ce n'est pas trop de tout le temps qui reste, pour jouir du fruit de l'oraison. Il est bien vrai que quand l'oraison se fait à la suite d'autres saints exercices, comme après Matines, après avoir dit ou entendu la messe, après quelque dévote lecture, ou quelque oraison vocale, le cœur se trouve bien plus disposé pour s'entretenir avec Dieu ; car, de même que le feu prend vite au

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bois sec, de même le feu céleste s'allume bien plus vite dans un cœur bien préparé. Il est vrai encore que le temps du matin permet d'abréger l'exercice, parce qu'il n'en est point de plus favorable pour vaquer à l'oraison. Mais que celui qui sera pauvre de temps, à cause de ses nombreuses occupations, ne laisse pas d'offrir son denier, comme la veuve dans le temple. Pourvu qu'il n'y ait pas de négligence de sa part, Celui qui dispense à toutes les créatures ce qui leur est nécessaire, selon leur besoin et leur nature, ne manquera pas non plus de donner à son âme tout ce qui lui est nécessaire pour avancer dans son saint service.

SEPTIÈME AVIS

Comment on doit recevoir les visites de Notre-Seigneor, soit dans l'oraison, soit hors de l'oraison.

Voici un autre avis qui a du rapport avec le précédent. Lorsque l'àme, dans l'oraison ou hors de l'oraison, reçoit quelque visite particulière du Seigneur, qu'elle ne la laisse point passer inutilement ; mais qu'elle profite de l'occa

102 TRAITÉ DE l'oRAISON ET DE LA MÉDITATION.

sion qui lui est offerte : car il est certain qu'à l'aide de ce vent, on naviguera plus en une heure qu'on n'aurait fait sans lui en plusieurs jours.

On dit que saint François en usait ainsi ; et saint Bonaventure écrit de lui, qu'il était tellement fidèle à cette pratique, que lorsque dans les voyages, il voyait qu'il allait recevoir de Notre-Seigneur quelque visite particulière, il priait ses compagnons de prendre un peu le devant, et il demeurait ainsi seul et en repos jusques à ce qu'il eût bien savouré et digéré cet aliment qui lui venait du ciel. Ceux qui n'en usent pas de la sorte, en sont d'ordinaire châtiés par cette peine : qu'ils ne trouvent point Dieu lorsqu'ils le cherchent, parce que Dieu, quand il les cherchait, ne les a point trouvés.

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