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vine sagesse que se portaient toutes les aspirations de son âme, il recherchait avec une sainte avidité les livres sacrés, et il avait en horreur les livres profanes. On peut dire que la miséricorde était née et avait grandi avec lui : aussi le vit-on dès son enfance s'adonner à toutes les œuvres de la charité. Il soulageait de tout son pouvoir les malades, les prisonniers, les pauvres. Plein de miséricorde envers les autres, dès lors cependant il commençait à être austère envers lui-même. Non-seulement il réprimait les appétits de la sensualité par une sévère abstinence, mais il avait coutume de punir en lui les moindres fautes qui lui échappaient, en s'infligeant de dures disciplines.
IL PREND l'habit DES FRÈRES MINEURS. VERTUS AU NOVICIAT.
Ainsi, tandis qu'il vivait encore dans le siècle, son esprit était déjà occupé de la pensée du ciel ; mais, faisant chaque jour de nouveaux progrès dans la science et la sagesse des saints, il aspira à un état plus parfait. A peine âgé de seize ans, il embrassa la vie religieuse, et prit l'habit des Frères Mineurs Déchaussés dans la province du Saint- Evangile ou d'Estramadure, aujourd'hui province de Saint-Gabriei.
Dieu le confirma dans sa résolution par un
miracle insigne. Le saint, impatient d'arriver au port de la religion, se trouvait arrêté par le tieuve Tietar, alors considérablement grossi par les pluies : comme il ne voyait là aucune barque pour le traverser, il se mit en prières, et aussitôt, par un effet de la puissance divine, il se trouva sur l'autre rive.
Dans le monastère, il fit tout d'abord de si grands progrès dans la vertu, que, dès le commencement de son noviciat, il se signalait parmi les religieux les plus avancés dans le service de Dieu; et pourtant, par une humilité admirable, il se mettait aux pieds de tous ses frères. Dieu le ceignit de la vertu, et lui fit parcourir une voie pure et sans tache. Par sa pauvreté, sa fidélité aux règles, sa rare modestie des yeux, sa soif incroyable de souffrances, il excitait l'admiration de tous ceux qui le voyaient.
PROFESSION RELIGIEUSE. — A l'aGE DE VINGT ANS
il est nommé superieur; il brille par l'Éclat des miracles.
Après avoir achevé l'année de noviciat, il fit la protession solennelle; dès lors, s'élevant audessus de lui-même, au-dessus de toutes les choses humaines, il ne soupirait qu'après le ciel. Sa modestie était si parfaite, qu'il ne savait pas si le
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chœur de l'église où il allait continuellement, était voûté ou non, et si la cellule qu'il habitait était en pierre ou en bois. Après avoir passé trois ans dans une maison de son Ordre, il ne connaissait pas ses frères de rigure, mais seulement au son de la voix. Pour forcer sa langue à garder un silence rigoureux, pendant trois ans, il porta de petites pierres dans la bouche, afin de réprimer ainsi tout désir trop naturel de parler.
Il montrait dans la jeunesse la prudence des vieillards. A l'âge de vingt ans, contrairement à l'usage de son saint Ordre, il fut établi supérieur du monastère de Sainte-Marie des Anges ; là, il fut comblé de tant de faveurs célestes, que dès cette époque, il brillait de l'éclat des miracles. Un jour toutes les provisions étaient épuisées, et les frères ne pouvaient sortir pour mendier, à cause de la neige amoncelée autour du couvent. Ils commencèrent à murmurer, se plaignant de ce que, même pendant les rigueurs de l'hiver, Pierre leur avait défendu de penser au lendemain, et de ce qu'il avait l'habitude de distribuer chaque jour aux pauvres les restes des repas. Mais le saint, persuadé que Dieu n'abandonne pas ceux qui mettent toute leur confiance en lui, ordonna à ceux qui se plaignaient de se rendre à la porte du couvent : et là. ils trouvèrent sur l'amas de neige amoncelée contre le
mur, un grand panier rempli de pains. Or, le temps était si mauvais, les chemins tellement couverts de neige, que ce panier n'avait pu être placé là que par des anges. Ce ne fut pas la seule fois que le saint éprouva ainsi la bonté de la divine Providence.
TEMOIGNAGE DE SAINTE TERESE SUR SON ORAISON CONTINUELLE ET SUR SA PENITENCE EXTRA- ORDINAIRE.
Mais la vie du serviteur de Dieu était plus admirable encore ; c'était comme une loi vivante de perfection, par laquelle il excitait ses disciples à la sainteté. Pour en faire l'éloge, il suffirait de rapporter ce que la réformatrice du Garmel, Térèse, si sainte elle-même, a écrit de ce très-saint homme. Voici comment elle s'exprime : Ni jour ni nuit, il ne cessait en quelque sorte de prier. Afin que le sommeil ne vînt pas le surprendre au milieu de son oraison, il se tenait à genoux ; et quand il était forcé d'accorder à la nature quelques instants de repos, il le prenait la tête appuyée contre un morceau de bois fixé au mur. Sa cellule, ajoute la sainte, n'avait que quatre pieds et demi de long, et elle était si basse, qu'il ne pouvait s'y tenir qu'à genoux, ou incliné. Pendant quarante années, il
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ne dormit jamais plus d'une heure et demie par jour. Il porta si loin le jeune, quil ne mangeait que tous les trois jours, et que quelquefois il en passait huit sans prendre aucune nourriture. En outre, il était couvert d'un très-âpre cilice ; et pendant vingt ans il en porta un de lames de fer- blanc dont les pointes lui entraient dans la chair. Deux ibis par jour il flagellait son corps avec une rude discipline. Il fit de très-longs et très-pénibles voyages, toujours nu-pieds et tête découverte, soit pendant les plus grandes chaleurs, soit pendant les froids les plus rigoureux. En hiver, comme sa tête demeurait exposée aux pluies et à la neige, il arrivait que des glaçons qui s'attachaient à quelques-uns de ses cheveux les faisaient tomber. Au milieu des plus brûlantes chaleurs de Tété, loin de couvrir sa tête, il l'exposait aux rayons du soleil, afin de souffrir le plus possible. Il avait coutume de répondre à ceux qui lui demandaient pourquoi il allait toujours nu-tête : « Qu'il n'était pas permis de se tenir tête couverte devant Dieu. •» Lorsqu'il lavait son pauvre habit, il le remettait immédiatement après l'avoir lavé, sans attendre qu'il fût sec. Portant plus loin ce genre de mortification, il lui est arrivé plusieurs fois de se jeter, en hiver, dans des eaux glacées. En outre, voici ce qu'il avait coutume de faire pendant que l'hiver sévissait avec le plus de rigueur : il
quittait son manteau, et il ouvrait la porte et la fenêtre de sa cellule ; il s'exposait longtemps au froid, et après s'être mortifié à souhait, il fermait la porte et la fenêtre, et donnait ainsi un peu de soulagement à son corps. Par ces macérations , dit sainte Térèse, il devint tellement sec et exténué, qu'il semblait n'être formé que de racines d'arbres. L'enfoncement de ses yeux, et les sillons creusés dans ses joues par la pluie de ses larmes, faisaient de lui une vivante image et la figure même de la pénitence.