ACTE IV, SCÈNE VIÎ
Rosine, fièrement. — Oui, je lui en ai l'obligation.
le comte. — Dieux! que je suis heureux! Il la tient de moi. Dans mon embarras, hier, je m'en suis servi pour arracher sa confiance, et je n'ai pu trouver l'instant de vous en informer. Ahl Rosine 1 il est donc vrai que vous m'aimez véritablement!
figaro. — Monseigneur, vous cherchiez une femme qui vous aimât pour vous-même.
ltosiNE. — Monseigneur! que dit-il?
LE COMTE, jetant son large manteau, paraît en habit magnifique. — 0 la plus
aimée des femmes ! il n'est plus temps de vous abuser : l'heureux homme que vous voyez à vos pieds n'est point Lindor; je suis le comte Àlmaviva, qui meurt d'amour et vous cherche en vain depuis six mois.
ROSINE tombe dans les bras du comte. — Ah!... LE COMTE, effrayé. — Figaro?
figaro. — Point d'inquiétude, monseigneur; la douce émotion de la joie n'a jamais de suites fâcheuses ; la voilà, la voilà qui reprend ses sens; morbleu! qu'elle est belle!
rosine. — Ah! Lindor!... Ah! monsieur, que je suis coupable ! j'allais me donner cette nuit même à mon tuteur.
le comte. — Vous, Hosine?
rosine. — Ne voyez que ma punition : j'aurais passé ma vie à vous détester. Ah! Lindor! le plus affreux supplice n'est-il pas de haïr, quand on sent qu'on est faite pour aimer?
figaro regarde à la fenêtre. — Monseigneur, le retour est fermé, l'échelle est enlevée.
le comte. — Enlevée !
rosine, troublée. — Oui, c'est moi... c'est le docteur. Voilà le fruit de ma crédulité. Il m'a trompée. J'ai tout avoué, tout trahi : il sait que vous êtes ici, et va venir avec main-forte.
figaro regarde encore. — Monseigneur! on ouvre la porte de la rue.
ROSINE, courant dans les bras du comte avec frayeur. — Ah ! Lindor !...
le comte, arec fermeté. — Rosine, vous m'aimez ! Je ne crains personne, et vous serez ma femme. J'aurai donc le plaisir de punir à mon gré l'odieux vieillard!...
rosine. — Non, non, grâce pour lui, cher Lindor! Mon cœur est si plein, que la vengeance ne peut y trouver place.