‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 135 sur 317 · SCÈNE IV. — MARCELINE, BARTHOLO · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — MARCELINE, BARTHOLO

bartholo le regarde aller. — Ce drple est toujours le même ! et à moins qu'on ne l'écorche vif, je prédis qu'il mourra dans la peau du plus fier insolent...

Marceline le retourne. — Enfin, vous voilà donc, éternel docteur! toujours si* grave et compassé qu'on pourrait mourir en attendant vos secours, comme on s'est marié jadis malgré vos précautions.

bartholo. — Toujours amère et provoquante! Eh bien! qui rend donc ma présence au château si nécessaire? M. le comte a-t-il eu quelque accid3nt?

m arcelline. — Non, docteur.

bartholo. — La Rosine, sa trompeuse comtesse, est-elle incommodée, Dieu merci?

Marceline. — Elle languit.

bartholo. — Et de quoi?

Marceline. — Son mari la néglige.

I'.artholq, aveajoie. — Ah! le digne époux qui me venge!

Marceline. — On ne sait comment définir le comte: il est jaloux et libertin.

bartholo. — Libertin par ennui, jaloux par vanité : cela va sans dire.

Marceline. — Aujourd'hui, par exemple, il marie notre Suzanne à son Figaro, qu'il comble en faveur de cette union...

bartiiolo. — Que Son Excellence a rendue nécessaire...

Marceline. — Pas tout à fait; mais dont Son Excellence voudrait égayer en secret l'événement avec l'épousée...

bartiiolo. — De M. Figaro? C'est un marché qu'on peut conclure avec lui.

Marceline. — Bazilé assure que non.

bartholo. — Cet autre maraud loge ici? C'est une caverne ! Hé ! qu'y fait-il?

Marceline. — Tout le mal dont il est capable. Mais le pis que j'y trouve, est cette ennuyeuse passion qu'il a pour moi depuis si longtemps.

bartholo. — Je me serais débarrassé vingt fois de sa poursuite. .Marceline. — De quelle manière?

bartholo. — En l'épousant.

Marceline. — Railleur fade et cruel, que ne vous débarrassezvous de la mienne à ce prix? ne le devez-vous pas? où est le souvenir de vos engagements? qu'est devenu celui de notre petit Emmanuel, ce fruit d'un amour oublié, qui devait nous conduire à des noces?

bartholo, ôtant son chapeau. — Est-ce pour écouter ces sornettes que vous m'avez fait venir de Séville?... Et cet accès d'hymen qui vous reprend si vif...

Marceline. — Eh bien! n'en parlons plus. Mais si rien n'a pu vous porter à la justice de m'épouser, aidez-moi donc du moins à en épouser un autre.

bartholo. — Ah! volontiers : parlons. Mais quel mortel abandonné du ciel et des femmes...

Marceline. — Eh! qui pourrait-ce être, docteur, sinon le beau, le gai, l'aimable Figaro!...

bartholo. — Ce fripon-là?

Marceline. — Jamais fâché; toujours en belle humeur; donnant le présent à la joie, et s'inquiétant de l'avenir tout aussi peu que du passé; sémillant, généreux! généreux...

bartholo. — Comme un voleur.

Marceline. — Comme un seigneur. Charmant, enfin; mais c'est le plus grand monstre!...

bartholo. — Et sa Suzanne?

Marceline. — Elle ne l'aurait pas, la rusée, si vous vouliez m'aider; mon petit docteur, à faire valoir un engagement que j'ai de lui.

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