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ACTE II, SCÈNE XVÎ

chérubin sort t. — Ah! Suzon, quelle horrible scène I Suzanne. — Sortez, vous n'avez pas une minute.

CHÉRUBIN, effrayé. — Et par OÙ Sortir?

Suzanne. — Je n'en sais rien, mais sortez. chérubin. — S'il n'y a pas d'issue?

Suzanne. — Après la rencontre de tantôt, il vous écraserait et nous serions perdues. — Gourez conter à Figaro... chérubin. — La fenêtre du jardin n'est peut-être pas bien haute,

(Il court y regarder.)

Suzanne, avec effroi. — Un grand étage! impossible! Ah! ma pauvre maîtresse ! Et mon mariage, ô ciel !

chérubin revient. — Elle donne sur la melonnière ; quitte à gâter une couche ou deux.

SUZANNE le retient et s'ôcrie. — Il va Se tuer !

CHÉRUBIN, exalté. — Dans un gouffre allumé, Suzon, oui, je m'y jetterais, plutôt que de lui nuire... Et ce baiser va me porter bonheur. (Il l'embrasse et court sauter par la fenêtre.)

SCÈNE XV. — SUZANNE, seule, jette un cri de frayeur. Ah ! (Elle tombe assise un moment. Elle va péniblement regarder à la fenêtre et

revient.) H est déjà bien loin. Oh ! le petit garnement! aussi leste que joli! Si celui-là manque de femmes... Prenons sa place au plus

tôt. (En entrant dans le cabinet.) VOUS pouvez à présent, monsieur le

comte, rompre la cloison si cela vous amuse; au diantre qui répond

mot. (Elle s'y enferme.)

SCÈNE XVI. — LE COMTE, LA COMTESSE rentrent dans la chambre. I.E COMTE, une pince à la main qu'il jette sur le fauteuil. — Tout est bien

mme je l'ai laissé. Madame, en m'exposant à briser cette porte, réfléchissez aux suites : encore une fois voulez-vous ouvrir?

la comtesse. — Eh! monsieur, quelle horrible humeur peut altérer ainsi les égards entre deux époux? Si l'amour vous dominait au point de vous inspirer ces fureurs, malgré leur déraison, y- les excuserais; j'oublierais, peut-être en faveur du motif ce qu'elles ont d'offensant pour moi. Mais la seule vanité peut-elle jeter dans cet excès un galant homme?

LE comte. —Amour ou vanité, vous ouvrirez la porte, ou je vais ! à l'instant...

Chérubin, Suzann».

LA comtesse, au devant. — Arrêtez, monsieur, je vous prie. Me croyez-vous capable de manquera ce que je me dois?

le comte. — Tout ce qu'il vous plaira, madame ; mais je verrai qui est dans ce cabinet.

la comtesse, effrayée. — Eh bien! monsieur, vous le verrez. Écoutez-moi... tranquillement.

le comte. — Ce n'est donc pas Suzanne?

la comtesse, timidement. — Au moins n'est-ce pas non plus une personne... dont vous deviez rien redouter... nous disposions une pkiisanterie... bien innocente, en vérité, pour ce soir... et je vous jure...

le comte. — Et vous me jurez?

la. comtesse. — Que nous n'avions pas plus de dessein de vous offenser l'un que l'autre.

le comte, vite. — L'un que l'autre? c'est un homme.

la comtesse. — Un enfant, monsieur.

le comte. — Hé qui donc?

la comtesse. — A peine osai-je le nommerl

le comte, furieux. — Je le tuerai.

la comtesse. — Grands dieux I

le comte. — Parlez donc.

la comtesse. — Ce jeune... Chérubin...

le comte. — Chérubin! l'insolent!... Voilà mes soupçons et le billet expliqués.

LA comtesse, joignant les mains. — Ah! monsieur, gardez-vous de penser...

le comte, frappant du pied. — (a part.) Je trouverai partout ce maudit page! (Haut.) Allons, madame, ouvrez; je sais tout maintenant. Vous n'auriez pas été si émue, en le congédiant ce matin ; il serait parti quand je l'ai ordonné; vous n'auriez pas mis tant de fausseté dans votre conte de Suzanne; il ne se serait pas si soigneusement caché, s'il n'y avait rien de criminel.

la comtesse. — Il a craint de vous irriter en se montrant.

LE COMTE, hors de lui, crie au cabinet. — Sors donc, petit malheureux!

LA COMTESSE le prend a bras le corps, en l'éloignant. — Ah ! monsieur,

monsieur, votre colère me fait trembler pour lui. N'en croyez pal un injuste soupçon, de grâce! et que le désordre où vous Fallez trouver...

le comte. — Du désordre!

la comtesse. — Hélas! oui; prêt à s'habiller en femme, une coiffure à moi sur la tête, en veste et sans manteau, le col ouvert, les bras nus; il allait essayer...

LE comte. — Et vous vouliez garder votre chambre! Indigne

tt MvnunE nF Fic.\no.

ACTK It, se. \ui.

>rt en riant. — Je le tnorai, jo le tuerai. Tuez-le donc, ce méchant page. in de St-Quentin. — Édition do 1785 do la Folle Journée.)

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