ACTE IV, SCÈNE IX
FIGARO donne la main à MARCELINE, comme celui qui doit la remettre au DOCTEUR, lequel ferme la marche, un gros bouquet au côté. Les jeunes filles, en passant devant le COMTE, remettent à ses valets tous les ajustements destinés à SUZANNE et à MARCELINE.
LES PAYSANS ET PAYSANNES s'étant rangés sur deux colonnes, à chaque côté du salon, on danse une reprise du fandango avec des castagnettes : puis on joue la ritournelle du duo, pendant laquelle ANTONIO conduit SUZANNE au COMTE I elle se met à genoux devant lui.
Pendant que le comte lui pose la toque, le voile et lui donne le bouquet, deux jeunes filles chantent le duo suivant :
Jeune épouse, chantez les bienfaits et la gloire
D'un maître qui renonce aux droits qu'il eut sur vous :
Préférant au plaisir la plus noble victoire,
Il vous rend chaste et pure aux mains de votre époux.
SUZANNE es.t à genoux, et, pendant les derniers vers du duo, elle tire le COMTE par son manteau et lui montre le billet qu'elle tient; puis elle porte la main qu'elle a du côté des spectateurs à sa tête, où le COMTE a l'air d'ajuster sa toque; elle lui donne le billet.
LE COMTE le met furtivement dans son sein : on achève de chanter le duo ; la fiancée se relève et lui fait une grande révérence.
FIGARO vient la recevoir des mains du COMTE et se retire avec elle à l'autre côté du salon, près de MARCELINE.
(On danse une autre reprise du fandango pendant ce temps.)
LE COMTE, pressé de lire ce qu'il a reçu, s'avance au bord du théâtre, et tire le papier de son sein; mais en le sortant, il fait le geste d'un homme qui s'est cruellement piqué le doigt; il le secoue, le presse, le suce; et regardant le papier cacheté d'une épingle, il dit :
LE COMTE. — (Pendant qu'il parle, ainsi que Figaro, l'orchestre joue pianissimo.)
Diantre soit des femmes, qui fourrent des épingles partout!
(Il la jette à terre, puis il lit le billet et le baise.)
FIGARO, -qui a tout vu, dit à sa mère et à Suzanne : — C'est Un billet doux
qu'une fillette aura glissé dans sa main en passant. Il était cacheté d'une épingle qui l'a outrageusement piqué. (La danse
reprend : le comte, qui a lu le billet, le retourne : il y voit l'invitation de renvoyer e cachet pour réponse. Il cherche à terre et retrouve enfin l'épingle qu'il attache à manche.)
figaro, a Suzanne et Marceline. — D'un objet aimé tout est cher. Le voilà qui ramasse l'épingle. Ah! c'est une drôle de tête! (Pendant ce
temps, Suzanne a des signes d'intelligence avec la comtesse. — La danse finit, la ritournelle du duo recommence.. Figaro conduit Marceline au comte, ainsi qu'on a conduit Suzanne; à l'instant où le comte prend la toque, et où l'on va chanter le duo, on est interrompu par les cris suivants :)
l'huissier, criant à la porte. — Arrêtez donc, messieurs, vous ne pouvez entrer tous... Ici les gardes, les gardes! (Les gardes vont vite
à cette porte.)
le comte, se levant. — Qu'est-ce qu'il y a?
l'huissier. — Monseigneur, c'est M. Bazile entouré d'un village entier, parce qu'il chante en marchant.
le comte. — Qu'il entre seul.
LA comtesse. — Ordonnez-moi de me retirer. le comte. — Je n'oublie pas votre complaisance. la comtesse. — Suzanne?... elle reviendra, (a part, à Suzanne.)
Allons Changer d'habits. (Elle sort avec Suzanne.)
Marceline. — Il n'arrive jamais que pour nuire. figaro. — Ah ! je m'en vais vous le faire déchanter.
SCÈNE X. — TOUS LES ACTEURS PRÉCÉDENTS, excepté la Comtesse et Suzanne; BAZILE, tenant sa guitare, GRIPPE-SOLEIL.
. ' BAZILE entre en chantant sur l'air du vaudeville de la fin ;
Cœurs sensibles, cœurs fidèles, Qui blâmez l'amour léger, Cessez vos plaintes cruelles, Est-ce un crime de changer?
Si l'amour portes des ailes, N'est-ce pas pour voltiger?
N'est-ce pas pour voltiger?
N'est-ce pas pour voltiger?
FIGARO s'avance à lui. — Oui, c'est pour cela justement qu'il a des ailes au dos; notre ami qu'entendez-vous par cette musique?
bazile, montrant Grippe-Soleil. Qu'après avoir prouvé mon obéissance à monseigneur, en amusant monsieur, qui est de sa compagnie, je pourrai à mon tour réclamer sa justice.
grippe-soleil. — Bah! monsigneu! il ne m'a pas amusé du tout : avec leurs guenilles d'ariettes...
le comte. — Enfin, que demandez-vous, Bazile?
bazile. — Ce qui m'appartient, monseigneur, la main de Marceline; et je viens m'opposer...
figaro s'approche. — Y a-t-il longtemps que monsieur n'a vu la figure d'un fou?
bazile. — Monsieur, en ce moment même.
figaro. — Puisque mes yeux vous servent si bien de miroir, étudiez-y l'effet de ma prédiction : Si vous faites mine seulement d'approximer madame...
bartholo, en riant. — Et pourquoi? laisse-le parler.
DRid'oison s'avance entre eux. — Fau-aut-il que deux amis.,,
figaro. — Nous amis?...
bazile. — Quelle erreur l