‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 212 sur 317 · SCÈNE XV. — FIGARO, MARCELINE · texte numérisé non relu

SCÈNE XV. — FIGARO, MARCELINE

figaro. — Eh bien ! ma mère?

Marceline. — Eh bien ! mon fils?

figaro, comme étouffé. — Pour celui-ci!... Il y a réellement des choses!

Marceline. — Il y a des choses ! hé ! qu'est-ce qu'il y a?

figaro, les mains sur la poitrine. — Ce que je viens d'entendre, ma mère, je l'ai là comme un plomb.

Marceline, riant. — Ce cœur plein d'assurance n'était donc qu'un ballon gonflé? une épingle a tout fait partir?

figaro, furieux. — Mais cette épingle, ma mère, est celle qu'il a ramassée!...

MARCELINE, rappelant ce qu'il a dit. — La jalousie ! oh! j'ai là-deSSUS,

ma mère, une philosophie... imperturbable; et si Suzanne m'at- Irappe un jour, je le lui pardonne...

figaro, vivement. — Oh! ma mère, on parle comme on sent : mettez le plus glacé des juges à plaider dans sa propre cause, et voyez-le expliquer la loi. — Je ne m'étonne plus s'il avait tant d'humeur sur ce feul — Pour la mignonne aux fines épingles, elle n'en est pas où elle le croit, ma mère, avec ses marronniers! Si mon mariage est assez fait pour légitimer ma colère, en revanche, il ne Test pas assez pour que je n'en puisse épouser une autre, et l'abandonner...

Marceline. — Bien conclu ! abîmons tout sur un soupçon. Qui t'a prouvé, dis-moi, que c'est toi qu'elle joue, et non le comte? L'astu étudiée de nouveau pour la condamner sans appel? Sais-tu si elle se rendra sous les arbres, à quelle intention elle y va; ce qu'elle y dira, ce qu'elle y fera. Je te croyais plus fort en jugement!

FIGARO, lui baisant la main avec respect. — Elle a raison, ma mère, elle

a raison, raison, toujours raison ! Mais accordons, maman, quelque chose à la nature; on en vaut mieux après. Examinons, en effet, avant d'accuser et d'agir. Je sais où est le rendez-vous. Adieu, ma mère, (n sort.)

Marceline, seule. — Adieu : et moi aussi, je le sais. Après l'avoir arrêté, veillons sur les voies de Suzanne, ou plutôt avertissons-la, elle est si jolie créature! Ah! quand l'intérêt personnel ne nous arme pas les unes contre les autres, nous sommes toutes portées à soutenir notre pauvre sexe opprimé, contre ce fier, ce terrible... (en riant.) et pourtant un peu nigaud de sexe masculin. (Elle sort.)

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