‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 276 sur 317 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

BÉGEARSS d'un ton bien fat, secouant 1« tabac de son jabot. — Et toi,

Suzanne, qu'en dis-tu?

suzanne — Ma foi, monsieur, je vous admire! Au milieu du désordre affreux que vous entretenez ici, vous seul êtes calme et tranquille; il me semble entendre un génie qui fait tout mouvoir à son gré.

bégearss bien fat. — Mon enfant, rien n'est plus aisé. D'abord il n'est que deux pivots sur qui roule tout dans le monde : la morale et la politique. La morale, tant soit peu mesquine, consiste à être juste et vrai ; elle est, dit-on, la clef de quelques vertus routinières.

suzanne. — Quant à la politique?...

bégearss avec chaleur. — Ah! c'est l'art de créer des faits, de dominer, en se jouant, les événements et les hommes; l'intérêt est son but, l'intrigue son moyen : toujours sobre de vérités, ses vastes et riches conceptions sont un prisme qui éblouit. Aussi profonde que l'Etna, elle brûle et gronde longtemps avant d'éclater au dehors; mais alors rien ne lui résiste : elle exige de hauts talents : le scrupule seul peut lui nuire. (En riant.) C'est le secret des négociateurs.

suzanne. — Si la moraîs ne vous échauffe pas, l'autre, en revanche, excite en vous un assez vif enthousiasme !

BÉGEARSS averti, revient à lui. — Eh!,.. C6 n'est pas elle; c'est toi I

— Ta comparaison d'un génie.., — Le chevalier vient; laisse-nous.

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