POUR P.-A. CARON DE BEAUMARCHAIS
Pendant que le public s'entretient d'un procès dont le fond et les détails excitent sa curiosité ; pendant que les gazetiers ^vendus aux intérêts de différents partis, le défigurent de toutes les manières; pendant que les méchants accumulent sur moi les plu» absurdes calomnies, et ne disputent que sur le choix des atrocités; enfin pendant que les honnêtes gens consternés gémissent sur h foule de maux dont un seul homme peut être à la fois assailli . laissons jaser l'oisiveté, dédaignons les libelles, plaignons les méchants, rendons grâces aux gens honnêtes, et présentons ce mémoire à mes juges, comme un hommage public de mon respect pour leurs, lumières, et de ma confiance en leur intégrité.
Si c'est un malheur d'être engagé dans un procès dont le plus grand bien possible est qu'il n'en résulte aucun mal, au moins est-
Ie un avantage de justifier ses actions devant un tribunal jaloux e l'estime de la nation, qui a les yeux ouverts sur son jugement; evant des magistrats trop généreux pour prendre parti contre un itoyen parce que son adversaire est leur confrère, et trop éclairés ur leur véritable dignité pour confondre une querelle particulière, ont ils sont juges, avec ces grands démêlés où le corps entier de la magistrature aurait ses droits à soutenir ou son honneur à venger.
1. Les gazettes étrangères. Toutes les méchancetés qu'elles contiennent se fabriquent à Paris. Celui qui va payer un paragraphe à certain bureau de cette viJ'e est tof jours sûr d'y faire dénigrer qui bon lui semble à juste prix.
► La question qui occupe aujourd'hui les chambres assemblées est <b> savoir si la nécessité de répandre l'or autour d'un jut;c pour en obtenir une audience indispensable, et qu'on n'a pu se procurer autrement, est un genre dé corruption punissable, ou seulement un malheur digne de compassion.
Forcé d'employer ma faible plume, au défaut de toute autre, dans une affaire où la terreur écarte loin de moi tous les défenseurs, où il faut des injonctions réitérées des magistrats pour qu'on me signe au Palais la plus juste requête, détruisons toute idée de corruption par le simple exposé des faits, et ne craignons point qu'on m'accuse de tomber dans le défaut trop commun de les altérer devant la justice. Ils sont déjà connus des magistrats par le vu des charges .et informations; je ne fais ici que les rétablir dans l'ordre chronologique que les dépositions partielles et la forme des interrogatoires leur ont nécessairement ôté.
Uniquement destiné à soulager l'attention de mes juges, ce mémoire sera l'historique exact et pur de tout ce qui tient à la question agitée. Je n'y dirai rien qui ne soit constant au procès. Les faits qui me sont personnels y seront affirmés positivement. Ce que j'ai su par le témoignage d'autrui portera l'empreinte de la circonspection; et si ce mémoire n'a pas toute la méthode qui caractérise les ouvrages de nos orateurs du barreau, au moins il réunira le double avantage de ne contenir que des faits véritables, et de fixer l'opinion flottante du public sur le fond d'une affaire dont le secret de la procédure empêchera qu'il soit jamais bien instruit par une autre voie.