‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 44 sur 317 · SCENE III. — LE BARON, MADAME MURER · texte numérisé non relu

SCENE III. — LE BARON, MADAME MURER

madame murer d'un ton sombre. — Eh bien! monsieur, êtes-vous satisfait? Il s'en est peu fallu que votre fille ne soit morte de

frayeur. (Le baron s'assied sans rien dire près de la table, et s'appuie la tête sur ses mains, d'un air accablé.)

madame murer continuant. — Des éclats! de la fureur ! sans choix de personnes.

le baron sourdement., — Ceux qui ont fait le mal le reprochent aux autres.

madame murer. — Un homme livré à ses emportements!

le baron désespéré. — Vous abusez de mon état et de ma patience. Vous avez juré de me faire mourir de chagrin. Laissez-nous, gardez votre héritage ; il est trop cher : aussi bien ma malheureuse fille n'en aura-t-elle peut-être bientôt plus besoin, (n se lève

et se promène avec égarement.)

madame murer. — Vous n'avez jamais su prendre un parti. le baron. — Je l'ai pris mon parti !

madame murer. — Quel est-il?

LE BARON marchint plus vite et gesticulant violemment. — J'irai à la

cour... oui, je vais y ^ller... Je tombe aux pieds du roi : il ne me rejettera pas. (Madame Miwer hoche la tête.) — Et pourquoi me rejetterait-il? Il est père... Je l'ai vu embrasser ses enfanls.

madame murer. — La belle idée! Et que lui direz-vous?

le baron s'arrètant devant elle. — Ce que je lui dirai! je lui dirai î Sire... vous êtes père, bon père... je le suis aussi; mais j'ai le cœur déchiré sur mon fils et sur ma fille. Sire, vous êtes humain, bienfaisant... Quand un des vôtres fut en danger, nous pleurions tous de vos larmes; vous ne serez pas insensible aux miennes. Mon fils s'est battu, mais en homme d'honneur; il sert votre majesté comme 'son bisaïeul, qui fut emporté sous les yeux du feu roi; il sert comme, mon père, qui fut tué en défendant la patrie dans les derniers troubles; il sert comme je servais lorsque feus l'honneur d'être blessé en Allemagne... J'ouvrirai mon habit... il verra mon estomac... mes blessures. Il m'écoutera, et j'ajouterai : Un suborneur est venu en mon absence violer notre retraite et l'hospitalité; il a déshonoré ma fille par un faux mariage... Je vous demande à genoux, Sire, grâce pour mon fils, et justice pour ma fille.

madame murer. — Mais^ce suborneur est un homme qualifié, puissant.

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