‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 45 sur 317 · ACTE ÎV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE ÎV, SCÈNE V

LE baron vivement. — S'il est qualifié, je suis gentilhomme... Enfin je suis un homme... Le roi est juste; à ses pieds toutes ces différences d'état ne sont rien : ma sœur, il n'y a d'élévation que pour celui qui regarde d'en bas; au-dessus tout est égal; et j'ai vu le roi parler avec bonté au moindre de ses sujets comme au plus

grand. (Il va et vient.)

madame murer d'un ton ferme. — - Croyez-moi, monsieur le baron, nous suffirons à notre vengeance.

LE BARON n'a entendu que le dernier mot. — Oui, Vengeance I... et qu'on

le livre à toute la rigueur des lois.

madame murer très ferme. — Les lois ! la puissance et le crédit les étouffent souvent; et puis c'est demain qu'il prétend se marier; il faut le prévenir. Incertitude! lenteur! est-ce ainsi qu'on se venge? Eh! la justice naturelle raprend ses droits partout où la

justice Civile ne peut étendre les Siens. (Après un peu de silence, d'un ton

plus bas.) Enfin, mon frère, il est temps de vous dire mon secret : avant deux heures le comte sera votre gendre, ou il est mort.

le baron. — Comment cela?

madame murer s'approche de lui. — Écoutez-moi. J'ai envoyé à milord duc un détail très étendu des atrocités de son neveu, sans néanmoins lui rien dire de mon projet; ensuite... votre fille n'a jamais voulu s'y prêter; mais j'ai écrit pour elle au scélérat qu'elle l'attend ce soir.

le baron- — H ne viendra pas.

MADAME MURER lui montrant le billet. — Au COUp de minuit... Voici Sa

réponse. J'ai /ait armer vos gens et les miens : vous le surprendrez chez elle. J'ai ici un ministre tout prêt : qu'il tremble à son tour.

je baron surpris. — Quoi ! ma sœur, un guet-apens! Des pièges!

madame murer avec impatience. — Y a-t-on regardé de si près pour nous faire le plus sanglant outrage?

le baron. — Vous avez raison; mais quand il arrivera, j'irai audevant de lui, je l'attaquerai.

MADAME MURER avec effroi. — Il VOUS tuera.

le baron. — Il me tuera! Eh bien! je n'aurai pas survécu à mon déshonneur.

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