SCÈNE III. — EUGÉNIE, MADAME MURER, BETSY
Eugénie continuant avec égarement. — Le spectacle de son épée sanglante, arrachée du sein de mon époux... (D'un ton étouffé.) Mon époux! Quel nom j'ai prononcé! Mes yeux se troublent... les san-1
glots me Suffoquent... (Madame Murer et Betsy s'asseyent.)
madame murer. — Modérez l'excès de votre affliction.
Eugénie pleurant amèrement. — Non, l'on ne connaîtra jamais la moitié de mes tourments. L'insensé qu'il est! s'il savait quel cœur il a déchiré!
madame murer pleurant aussi. — Consolez-vous, ma chère fille : l'horrible histoire sera ensevelie dans un profond secret. Espérez, mon enfant.
Eugénie hors d'elle-même. — Non, je n'espérerai plus : je suis lasse de courir au-devant du malheur. Eh! plût à Dieu que je fusse entrée dans la tombe le jour qu'au mépris du respect de mon père je me rendis à vos instances! Votre cruelle tendresse a creusé l'abîme où l'on m'a entraînée.
MADAME MURER avec saisissement. — Quoi!... VOUS aUSSi„miss!...
Eugénie troublée. — Je m'égare... Ah! pardon, madame : oubliez une malheureuse... (D'une voix ténébreuse.) Où donc est sir Charles?... Il ne m'a pas entendue... Le sang va couler... Mon frère ou son ennemi percé de coups...