‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 73 sur 317 · ACTE I, SCÈNE VI M · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI M

LE Comté. — Quel est donc ce Bazile qui se mêle de son mariage?

figaro. — Un pauvre hère qui montre la musique à sa pupille, infatué de son art, friponneau, besogneux, à genoux devant un écu, et dont il sera facile de venir à bout, monseigneur... (Regardant à la jalousie.) La v'ià, la v'ia.

le comte. — Qui donc?

figaro. — Derrière sa jalousie, la voilà, la voilà. Ne regardez pas, ne regardez donc pas.

le comte. — Pourquoi?

figaro. —Ne vous écrit-elle pas : chantez indifféremment? c'est-àdire chantez... comme si vous chantiez... seulement pour chanter. Oh ! la v'ià, la v'ià.

le comte. — Puisque j'ai commencé à l'intéresser sans être connu d'elle, ne quittons pas le nom de Lindor que j'ai pris; mon

triomphe en aura plus de Charmes. (H déploie le papier que Rosine a jeté.)

Mais comment chanter sur cette musique? Je ne fais pas de vers, moi...

figaro. — Tout ce qui vous viendra, monseigneur, est excellent : en amour, le cœur n'est pas difficile sur les productions de l'esprit... et prenez ma guitare.

le comte. — Que veux-tu qUe j'en fasse? j'en joue si mal!

figaro. — Est-ce qu'un homme comme vous ignore quelque chose? Avec le dos de la main : from, from, from... Chanter sans guitare à Séville! vous seriez bientôt reconnu, ma foi, bientôt

dépisté. (Figaro se colle au mur sous le balcon.)

LE COMTE chante en se promenant et s'accompagnant sur sa guitare.

PREMIER COUPLET

. Vous l'ordonnez, je me ferai connaître; Plus inconnu, j'osais vous adorer :

En me nommant, que pourrais-je espérer?

N'importe! il faut obéir à son maître.

figaro, bas. — Fort bien, parbleu! Courage, monseigneur.

Page 1