‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 74 sur 317 · LE COMTE TROISIÈME COUPLET · texte numérisé non relu

LE COMTE TROISIÈME COUPLET

Tout les matins ici, d'une voix tendre, Je chanterai mon amour sans espoir; Je bornerai mes plaisirs à vous voir; Et puissiez-vous en trouver à m'entendre!

FIGARO. — Oh! ma foi! pour Celui-ci!... (Il s'approche et baise le bas de l'habit de son maître.)

le comte. — Figaro?

figaro. — Excellence?...

le comte. — Crois-tu que l'on m'ait entendu?

ROSINE, en dedans, chante.

Air : Du Maître en Droits.

Tout me dit que Lindor est charmant, Que je dois l'aimer constamment...

(On entend une croisée qui se ferme avec bruit.)

'FIGARO. — Croyez-vous qu'on vous ait entendu cette fois?

le comte. — Elle a fermé s?, fenêtre ; quelqu'un apparemment est entré chez elle.

figaro. — Ah! la pauvre petite! comme elle tremble en chantant! Elle est prise, monseigneur.

le comte. — Elle se sert du moyen qu'elle-même a indiqué : Tout me dit que Lindor est charmant. Que de grâces! que d'esprit!

figaro. — Que de ruse! que d'amour!

le comte. — Crois-tu qu'elle se donne à moi, Figaro?

figaro. — Elle passera plutôt à travers cette jalousie que d'y manquer.

le comte. — C'en est fait, je suis à ma Rosine... pour la vie.

figaro. — Vous oubliez, monseigneur, qu'elle ne vous entend plus.

le comte. — "Monsieur Figaro ! je n'ai qu'un mot à vous dire : elle sera' ma femme; et si vous servez bien mon projet en lui cachant mon nom... tu m'entends, tu me connais...

figaro. — Je me. rends. Allons, Figaro, vole à la fortune, mon fils.

le comte. — Retirons-nous, crainte de nous rendre suspects.

figaro, vivement. Moi, j'entre ici, où, par la force de mon art, je vais, d'un seul coup de baguette, endormir la vigilance, éveiller l'amour, égarer la jalousie, fourvoyer l'intrigue, et renverser tous les obstacles. Vous, monseigneur, chez moi, l'habit de soldat, le billet de logement et de l'or dans vos poches.

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