‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 9 sur 317 · SCENE III. — MADAME MURER, LE BARON, EUGENIE · texte numérisé non relu

SCENE III. — MADAME MURER, LE BARON, EUGENIE

MADAME MURER. (Le ton de madame Murer, dans toute cette scène, est un peu

dédaigneux.) — J'espère que vous n'oublierez pas de vous faire écrire chez le lord comte de Clarendon, quoiqu'il soit à Windsor; c'est un jeune seigneur fort de mes amis, qui nous prête cette maison pendant notre séjour à Londres; et vous sentez que ce sont là de ces devoirs...

le baron la contrefaisant. — Le lord comte un tel, un grand seigneur fort mon ami... comme tout cela remplit la bouche d'une femme vaine!

madame murer. — Ne voulez-vous pas y aller, monsieur?

le baron. — Pardonnez-moi, ma sœur; voilà trois fois que vous le dites : j'irai en sortant de chez le capitaine Cowerly.

madame murer. — Comme il vous plaira pour celui-là; je ne m'y intéresse ni ne veux le voir ici.

le baron. — Comment I le frère d'un homme qui va épouser ma fille!

madame murer. — Ce n'est pas une affaire faite.

le baron. — C'est comme si elle l'était.

madame murer. — Je n'en crois rien. La belle idée de marier votre fille à ce vieux Cowerly qui n'a pas cinq cents livres sterling de revenu, et qui est encore plus ridicule que son frère le capitaine !

le baron. — Ma sœur, je ne souffrirai jamais qu'on avilisse en ma présence un brave officier, mon ancien ami.

madame murer. — Fort bien : mais je n'attaque ni sa bravoure ni son ancienneté : je dis seulement qu'il faut à votre fille un mari qu'elle puisse aimer.

le baron. — De la manière dont les hommes d'aujourd'hui sont faits, c'est assez difficile.

madame murer. — Raison de plus pour le choisir aimable.

le baron. — Honnête.

madame murer. — L'un n'exclut pas l'autre.

le baron. — Ma foi, presque toujours. Enfin, j'ai donné ma parole à Cowerly.

madame murer. — Il aura la bonté de vous la rendre.

le baron. — Quelle femme ! Puisqu'il faut vous dire tout, ma sœur, il y a entre nous un dédit de deux mille guinées : croyezvous qu'on ait aussi la *on té de me le rendre?

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