ACTE m , SCÈNE II
BLANCHE, le repoussant.
Laissez-moi ! — malheureuse !
L£ ROI
Oh! sais-tu qui nous sommes?
La France, un peuple entier, quinze millions d'hommes, Richesse, honneurs, plaisirs, pouvoir sans frein ni loi, Tout est pour moi , tout est à moi , je suis le roi ! Hé bien ! du souverain tu seras souveraine. Blanche ! je suis le roi ; toi , tu seras la reine !
BLANCHE
La reine î et votre femme !
LE ROI, riant.
Innocence ! ô vertu !
Ah ! ma femme n^est pas ma maîtresse , vois-tu ?
BLANCHE
Votre maîtresse! oh non! quelle honie ! Hv^^fiv^^,^^/^^^
LE ROI
La fiére !
BLANCHE
Je ne suis pas à vous , non , je suis à mon père !
LE ROI
Ton père ! mon bouffon ! mon fou ! mon Triboulet ! Ton père ! il est à moi ! j'en fais ce qui me plait ! Il veut ce que je veux !
BLANCHE, pleurant amèrement et la tête dans ses mains.
0 Dieu ! mon pauvre père !
Quoi ! tout est donc à vous !
{Elle sanglotte. Il se jette à ses pieds pour la consoler.)
LE ROI, avec un accent attendri.
Blanche ! oh ! tu m'es bien chère.
Blanche ! ne pleure plus. Viens sur mon cœur !
BLANCHE, résistant.
Jamais.
LE ROI , tendrement.
Tu ne m'as pas encor redit que tu m'aimais.
BLANCHE
Oh ! c'est fini !
LE ROI
Je t'ai , sans le vouloir, blessée.
Ne sanglotte donc pas comme une délaissée. Oh ! plutôt que de faire ainsi pleurer tes yeux , J'aimerais mieux mourir, Blanche ! j'aimerais mieux Passer dans mon royaume et dans ma seigneurie Pour un roi sans courage et sans chevalerie ! Un roi qui fait pleurer une femme ! ô mon Dieu ! Lâcheté !
BLANCHE , égarée et sanglotant.
N'est-ce pas? tout ceci n'est qu'un jeu ? Si^vousjêiiês^le roi, i^aimon père. Il me pleure. Faites-moi ramener près de lui. Je demeure Devant l'hôtel Cossé. Mais vous le savez bien. Oh ! qui donc êtes-vous? je n'y comprends plus rien. Comme ils m'ont emportée avec des cris de fête ! Tout ceci comme un rêve est brouillé dans ma tête.
ACTB m , SCÈNE H. 119
{Pleurant.)
Je ne sais même pins , tous que j'ai cru si doux , Si je vous aime encor !
{Reculant avec un mouvement de terreur.)
Vous roi! — J'ai peur de vous!
LE ROI , cherchant à la prendre dans ses bras. Je TOUS fais peur, méchante !
BLANCHE, le repoussant.
Oh ! laissez-moi !
LE ROI , la serrant de plus près.
Quentends-je?
Un baiser de pardon !
BLANCHE, se débattant.
Non.
RL£ ROI , riant, à part.
Quelle fille étrange !
BLANCHE, s' échappant de ses bras.
sez-moi ! — Cette porte ! . . .
{Elle aperçoit la porte de la chambre du Roi ouverte ,
is'jr précipite , et la referme violemment sur elle.) LE ROI , prenant une petite clef d'or à sa ceinture. Oh ! j'ai la clef sur moi.
(// ou^re la porte , la pousse vivement, entre, et la referme sur lui.)
MAROT , en observation à la porte du fond depuis quel- I ques instans. Il rit.
' Elle se réfugie en la chambre du Roi ! • 0 la pauvre petite !
{Appelant M. de Gordes.)
Hé , comte !