‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 131 sur 145 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

LE ROI endormi dans le grenier, SALTABADIL et MAGUELONNE dans la salle basse, BLANCHE dehors.

BLANCHE, venant à pas lents dans l'ombre, à la lueur des éclairs. Il tonne à chaque instant.

Une chose terrible ? — Ah ! je perds la raison.

— Il doit passer la nuit dans cette maison même.

— Ohî je sens que je touche à quelque instant suprême! —;;^^

MoB-père , paixloiuiez , vous n êtes plus ici , w. -. ? \ -

Je vous désobéis d'y revenir ainsiy q. 1 ^ ■^'U' t^''^^

Mais je n'y puis tenir. — " 1

{S' approchant de la maison. )

Qu'est-ce donc qu'on va faire ?

Comment cela va-t-il finir? — Moi qui naguère , Ignorant l'avenir , le monde et les douleurs , Pauvre fille , vivais cachée avec des fleurs , Me voir soudain jetée en des choses si sombres ! — Ma vertu , mon bonheur , hélas , tout est décombres ! Tout est deuil ! — Dans les cœurs où ses flammes ont lui L'amour ne laisse donc que ruine après lui ? De tout cet incendie il reste un peu de cendre. 11 ne m'aime donc plus ! —

( Relevant la tête. )

Il me semblait entendre ,

166 LE ROI s'amuse.

Tout-à-rheure , à travers ma pensée , un grand bruit Sur ma tête. Il tonnait, je crois. — L'affreuse nuit ! Il n'est rien qu'une femme au désespoir ne fasse. Moi qui craignais mon ombre ! —

( Apercevant la lumière de la maison. )

Oh ! qu'est-ce qui se passe '

( Elle avance, puis recule. )

Tandis que je suis là , Dieu ! j'ai le cœur saisi , Pourvu qu'on n'aille pas tuer quelqu'un ici !

( Maguelonnc et Saltahadil se remettent à causer dans la salle voisine. )

SALTABADIL

Quel temps !

TCAGUELONNÏ.

Pluie et tonnerre.

SALTABADIL

Oui, Ton fait à cette heure ^ Mauvais ménage au ciel ; l'un gronde et l'autre pleure. |

BLANCHE

Si mon père savait à présent où je suis ! W

MAGCELONNE.

Mon frère ! }

BLANCHE, tressaillant.

On a parlé, je crois. {Elle se dirige en tremblant vers la maison et applique '^ à la fente du mur ses yeu.x et ses oreilles. ) •

ACTB IV, SCfcllB V. 167

MAGUELONNE

Mon frère !

SAXTABADIL.

Et puis ?

MAGUELONNE

Sais-tu , mon frère , à quoi je pense ?

SALTABADIL

diable !

MAGUELONNE

SALTABATIL.

MAGUELONNE

Non.

Devine.

Ce jeune homme est de fort bonne mine, ^iiand , fier comme Apollo , beau , galant par dessus. ^1 m'aime fort. Il dort comme un enfant Jésus. ) / Ne le tuons pas. '■

BLANCHE , qui entend et voit tout.

Ciel! SALTABADIL, tirant d'un coffre un vieux sac de toile et un pavé, et pnîscntant le sac à Maguelonne, d'un air impassible.

' Recouds-moi tout de suite

Ce TÎeux sac.

MAGUELONNE

Pourquoi donc?

LE ROI S AMDSE.

SALTA6ADIL.

Pour y mettre au plus vite , Quand j'aurai dépêché là-haut ton ApoUo , Son cadavre et ce grès, et tout jeter à l'eau.

MAGUELONNE

Mais.... »

SALTABADIL

Ne te mêle pas de cela , Maguelonne.

MAGUELONNE

Si....

SALTABADIL

Si l'on t'écoutait, on ne tùrait personne. Raccommode le sac.

BLANCHE

Quel est ce couple-ci ?

N'est-ce pas dans l'enfer que je regarde ainsi !

MAGUELONNE , SB mettant à raccommoder le sac.

J'obéis. — Mais causons.

SALTABADIL

Soit.

MAGUELONNE

Tu n'as pas de haine

Contre ce cavalier ?

-SALTABADIL

Moi ! C'est un capitaine î J'aime les gens d'épée , en étant moi-même un.

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