‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 132 sur 145 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

MAGDELONNE.

Tuer un beau garçon , qui n'est pas du commun , Pour un marchand bossu fait comme une S !

SALTABADIL

En somme, J'ai reçu d'un bossu pour tuer un bel homme , Cela m'est fort égal , dix écus tout d'abord. J'en aurai dix de plus en livrant l'homme mort. Livrons. C'est clair.

MAGDELONNE.

Tu peux tuer le petit homme Quand il va repasser avec toute la somme. Cela revient au même.

BLANCHE

0 mon père !

MAGDELONNE.

Est-ce dit ?

SALTABADiL , regardant Maguelonne en face.

Hein? pour qui meprends-tu, ma sœur ?suis-je un bandit? Suis-je un voleur? tuer un client qui me paie !

MAGDELONNE, lui montrant un fagot.

Hé bien! mets dans le sac ce fagot de futaie. Dans l'ombre , il le prendra pour son homme.

SALTABADIL

C'est fort.

Comment veux-tu qu'on prenne un fagot pour un mort?

170 iB ROI s'amuse.

C'est immobile , sec , tout d'une pièce , roide . Cela n'est pas vivant.

BLANCHE

Que cette pluie est froide !

MAGUELONNE

Grâce pour lui.

s ALT AB AD IL .

Chansons !

MAGUELOKNE.

Mon bon frère !

SALTABADIL

Plus bas !

11 faut qu'il meure ! Allons , tais-toi.

MAGUELONNE

Je ne veux pas !

Je réveille et le fais évader.

BLANCHE

Bonne fille !

SALTABADIL

Kt les dix écus d or ?

MAGUELONNE

C'est vrai.

SALTABADIL

Là , sois gcntill" Laisse-moi faire , enfant !

MAGDELONNE.

Non. Je veux le sauver !

{Maguelonne se place d'un air déterminé devant V escalier pour barrer le passage à son frère. Saltabadilf vaincu par sa résistance , revient survie devant de la scène et paraît chercher dans son esprit un moyen de tout concilier. )

SALTABADIL

\ oyons. — L'autre à minuit viendra me retrouver. Si d'ici là quelqu'un , un voyageur , n'importe , Vient nous demander gîte et frappe à notre porte , Je le prends , je le tue , et puis , au lieu du tien Je le mets dans le sac. L'autre n'y verra rien. Il jouira toujours autant dans la nuit clo^e , Pourvu qu'il jette à l'eau quelqu'un ou quelque chose. t; est tout ce que je puis faire pour toi.

MAGUELONNE

Merci.

Mais qui diable veux-tu qui passe par ici ?

SALTABADIL

Seul moyen de sauver ton homme.

MAGUELONNE

 pareille heure ?

BLANCHE

ieu ! vous me tentez , vous voulez que je meure I U que pour l'ingrat je franchisse ce pas ?

Oh! non, je suis trop jeune! — Oh! ne me poussez pas, Mon Dieu !

( // tonne. )

MAGUELONNE

S'il vient quelqu'un dans mie nuit pareille. Je m'engage à porter la mer dans ma corbeille.

SALTABADIL

Si personne ne vient, ton beau jeune homme est mort.

BLANCHE , frissonnant.

Horreur! — Si j'appelais le guet?... mais non, tout dort. D'ailleurs, cet homme-là dénoncerait.iaôIl£âEl^- Je ne veux pas mourir pourtant. J'ai mieux à faire , J'ai mon père à soigner, à consoler , et puis Mourir avant seize ans , c'est affreux. Je ne puis ! 0 Dieu ! sentir le fer entrer dans ma poitrine ! Ah!

( Une horloge frappe un coup. )

SALTABADIL

Ma sœur , l'heure sonne à Ihorloge voisine.

( Deux autres coups. )

C'est onze heures trois quarts. Personne avant minuit

Ne viendra. Tu n'entends au dehors aucun bruit?

Il faut pourtant finir, je n'ai plus qu'un quart d'heure.

( // met le pied sur V escalier. Maguelonne le relient

en sanglotant. )

MAGUELONNE

Mon frère , encore un peu !

ACTB IV , SCÈNE V. 173

, BLANCHE

Quoi! cette femme pleure!

Et moij^e jce&telà, qui peux le secourir! Puisqu'il ne m'aime plus , je n'ai plus qu'à mourir. Eh bien ! mourons pour lui. —

{Hésitant encore. ) C'est égal, c'est horrible î SALTABAoïL , à Maguclonne. Non , je ne puis attendre enfin , c'est impossible !

BLANCHE

Encor si l'on savait comme ils vous frapperont ,

Si l'on ne souffrait pas ! mais on vous frappe au front ,

Au visage... Oh ! mon Dieu !

SALTABADIL, cssuyant toujours de se dégager de Maguelonne qui V arrête.

Que veux-tu que je fasse ?

Crois-tu pas que quelqu'un viendra prendre sa place ?

BLANCHE , grelottant sous la pluie.

Je suis glacée !

( Se dirigeant vers la porte. )

Allons!

( S'arrêtant. )

Mourir ayant si froid !

(Elle se traîne en chancelant jusqu'à la porte , et y frap^ wîJàUiU^ coup . )

174 LE ROI s'AMtSE.

MAGUELONNE

On frappe !

SALTABADIL

C'est le vent qui fait craquer le toit. ( Blanche frappe de nowvjçcau )

MAGUELONNE

On frappe !

{Elle court ouvrir la lucarne et regarde ait-dehors. )

SALTABADIL

C'est étrange !

MAGUELONNE , à Blonche.

Holà! qu'est-ce?

{ASaltahadil.) Un jeune homme.

BLANCHE

Asile pour la nuit ?

SALTABADIL

Il va faire un fier somme !

MAGUELONNE

Oui, la nuit sera longue.

BLANCHE

Ouvrez !

SALTABADIL , à MogueloTuie.

Attends!— Mortdieu!

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