ACTE I , PARTIE I
mon âme î Celle letlre m'apprit , sans me dire aucun nom , que j'élais noble et de grande race , et que ma mère était bien malheureuse. Pauvre mère !
DONA LUCBEZIA.
Bon Gennaro !
GENNARO
Depuis ce jour-là , je me suis fait aventurier , parce qu étant quelque chose par ma naissance , j'ai voulu être aussi quelque chose par mon épée. J'ai coum toute l'Italie. Mais le premier jour de chaque mois , en quelque lieu que je sois, je vois toujours venir le même messager. Il me remet une lettre de ma mère, prend ma réponse et s'en va; et il ne me dit rien, et je ne lui dis rien, parce qu'il est sourd et muet.
DONA LtJCREZIA.
Ainsi tu ne sais rien de ta famille ?
GENNARO
Je sais que j'ai une mère , qu'elle est malheureuse , et que je donnerais ma vie dans ce monde pour la voir pleurer , et ma vie dans l'autre pour la voir sourire. Voilà tout.
DONA LUCREZIA
Que fais-tu de ses lettres ?
GENNARO
Je les ai toutes là, sur mon cœur. Nous autres gens de guerre , nous risquons souvent notre poitrine à rencontre des épées. Les lettres d'une mère , c'est ime bonne cuirasse.
DONA LUCREZIA
Noble nature !
GENNARO
Tenez , voulez-vous voir son écriture ? voici une de ses lettres.
( // tire de sa poitrine un papier qu'il baise et qu'il remet à dona Lucrezia. ) — Lisez cela.
DONA LUCREZIA, Usant.
« Ne cherche pas à me connaître, mon Gen-
» naro , avant le jour que je te marquerai. Je suis » bien à plaindre , va. Je suis entourée de parens » sans pitié , qui te tueraient comme ils ont tué ton « père. Le secret de ta naissance, mon enfant, je « veux être la seule à le savoir. Si tu le savais, toi, >) cela est à la fois si triste et si illustre que tu ne » pourrais pas t'en taire ; la jeunesse est confiante , » tu ne connais pas les périls qui t'environnent comme
V je les connais; qui sait? tu voudrais les affronter » par bravade de jeune homme, tu parlerais ou tu le » laisserais deviner, et tu ne vivrais pas deux jours.
V Oh non ! contente-toi de savoir que tu as une mère « qui t'adore et qui veille nuit et jour sur ta vie. Mon » Gennaro , mon fils , tu es tout ce que j'aime sur la » terre ; mon cœur se fond quand je songe à toi... »
( Elle s'interrompt pour dévorer une larme. )
GENNARO
Comme tous lisez cela tendrement ! On ne dirait