ACTE I, PARTIE II
lunaires celle où ils se précipitent le plus volontiers.
{Entrent les jeunes seigneurs sans voir d'abord
Guhetta , qui s'est placé en observation sous
l'un des piliers qui soutiennent le balcon. Ils
causent à voix basse et d'un air d'inquiétude. )
MAFFio, bas.
Vous direz ce que vous voudrez , messieurs , on
peut se dispenser de venir à Ferrare quand on a
blessé au cœur madame Lucrèce Borgia.
DON APOSTOLO
Que pouvions-nous faire ? le sénat nous envoie ici. Est-ce qu'il y a moyen d'éluder les ordres du sérénissime sénat de Venise ? Une fois désignés , il fallait partir. Je ne me dissimule pourtant pas , MafTio , que la Lucrezia Borgia est en effet une redoutable ennemie. Elle est la maîtresse ici.
Que veux-tu qu'elle nous fasse, Apostolo? Ne sommes-nous pas au service de la république de Venise ? No faisons-nous pas partie de son ambassade ? Toucher à un cheveu de notre tête , ce serait déclarer la guerre au doge , et Ferrare ne se frotte pas volontiers à Venise.
GENNABO , rêveur dans an coin du théâtre , sans
se mêler à la conversation.
0 ma mère ! ma mère ! Qui me dira ce que je puis faire pour ma pauvre mère '
On peut te coucher tout de ton long dans le sépulcre, Jeppo , sans toucher à un cheveu de ta tête. Il y a des poisons qui font les affaires des Borgia sans éclat et sans bruit, et beaucoup mieux que la hache ou le poignard. Rappelle-toi la manière dont Alexandre Six a fait disparaître du monde le sultan Zizimi , frère de Bajazet.
OLOFERNO.
Et tant d'autres.
DON APOSTOLO
Quant au frère de Bajazet , son histoire est curieuse , et n'est pas des moins sinistres. Le pape lui persuada que Charles de France l'avait empoisonné le jour où ils firent collation ensemble ; Zizimi crut tout , et reçut des belles mains de Lucrèce Boi^ia un soi-disant contre-poison qui, en deux heures, délivra de lui son frère Bajazet.
JEPPO.
Il parait que ce brave turc n'entendait rien à la politique.
Oui, les Boi^ia ont des poisons qui tuent en un jour, en un mois, en im an, à leur gré. Ce sont d'infâmes poisons qui rendent le vin meilleur, et font vider le flacon avec plus de plaisir. Vous vous croyez ivre , vous êtes mort. Ou bien un homme tombe tout-