ACTE I, PARTIE II
à-coup en langueur , sa peau se ride , ses yeux se cavent , ses cheveux blanchissent , ses dents se brisent comme verre sur le pain ; il ne marche plus , il se traîne j il ne respire plus , il râle ; il ne rit plus , il ne dort plus , il grelotte au soleil en plein midi ; jeune homme , il a l'air d'un vieillard j il agonise ainsi quelque temps , enfin il meurt. Il meurt ; et alors on se souvient qu'il y a six mois ou un an il a bu un verre de vin de Chypre chez un Borgia.
- {Se retournant.)
— Tenez , messeigneurs , voilà justement Montefeltro , que vous connaissez peut-être , qui est de cette ville , et à qui la chose arrive en ce moment. — Il passe là au fond de la place. — Regardez-le.
{On voit passer aiijbnd du théâtre un homme à cheveux blancs , maigre y chancelant ^ boitant, appuyé sur un bdton , et enveloppé d'un manteau.)
ASCANIO
Pauvre Montefeltro !
DON APOSTOLO
Quel âge a-t-il?
MAFFIO
Mon âge. Vingt-neuf ans.
OLOFERNO.
Je l'ai vu l'an passé rose et frais comme vous.
MAFFIO
Il y a trois mois , il a soupe chez notre Saint-Père le pape, dans sa vigne du Belvédère !
60 LCCRÈCE BOBGIA.
ASOLNIO.
C'est horrible !
MAFFIO
Oh ! l'on conte des choses bien étranges de ces soupers des Borgia !
ASCANIO
Ce sont des débauches effrénées , assaisonnées d'enipoisonnemens.
MAFFIO
Voyez , messeigneurs , comme cette place est déserte autour de nous. Le peuple ne s'aventure pas si près que nous du palais ducal ; il a peur que les poisons qui s'y élaborent jour et nuit ne transpirent à travers les murs.
ASCANIO
Messieurs, à tout prendre, les ambassadeurs ont eu hier leur audience du duc. Notre service est à peu près fini. La suite de l'ambassade se compose de cinquante cavaliers. Notre disparition ne s'apercevrait guère dans le nombre. Et je crois que nous ferions sagement de quitter Ferrare.
MAFFIO
Aujourd'hui même.
J£PPO.
Messieurs, il sera temps demain. Je suis invité à souper ce soir chez la princesse Negroni , dont je suis fort éperdument amoureux , et je ne voudrais