DON ALPHONSE , DONA LUCREZIA
DONA LUCREZIA , entrant avec impétuosité.
Monsieur , monsieur , ceci est indigne , ceci est odieux, ceci est infâme. Quelqu'un de votre peuple , — savez-vous cela, don Alphonse? — vient de mutiler le nom de votre femme gravé au-dessous de mes armoiries de famille sur la façade de votre propre palais. La chose s'est faite en plein jour , publiquement, par qui? je l'ignore, mais c'est bien injurieux et bien téméraire. On a fait de mon nom un écriteau d'ignominie , et votre populace de Ferrare , qui est bien la plus infâme populace de l'Italie, monseigneur, est là qui ricane autour de mon blason comme autour d'un pilori. Est-ce que vous vous imaginez , don Alphonse , que je m'accommode de cela , et que je n'aimerais pas mieux mourir en une fois d'uti coup de poignard qu'en mille fois de la piqûre envenimée du sarcasme et du quolibet? Pardieu, monsieur , on me traite étrangement dans votre seigneurie de Ferrare ! Ceci commence à me lasser, et je vous trouve l'air trop gracieux et trop tranquille pendant qu'on traîne dans les ruisseaux de votre ville la renommée de votre femme, déchiquetée à belles dents par l'injure et la calomnie. Il me faut une réparation éclatante