‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 34 sur 145 · ACTE II, PARTIE I · texte numérisé non relu

ACTE II, PARTIE I

de ceci , je vous en préviens , monsieur le duc. Préparez-vous à faire justice. C'est un événement sérieux qui arrive là , voyez-vous ? Est-ce que vous croyez par hasard que je ne tiens à l'estime de personne au monde, et que mon mari peut se dispenser d'être mon chevalier? Non, non, monseigneur; qui épouse protège; qui donne la main donne le bras. J'y compte. Tous les jours ce sont de nouvelles injures , et jamais je ne vous en vois ému. Est-ce que cette boue dont on me couvre ne vous éclabousse pas, don Alphonse ? Allons , sur mon âme , courroucez-vous donc un peu, que je vous voie , une fois dans votre vie , vous fâcher à mon sujet, monsieur ! Vous êtes amoureux de moi , dites-vous quelquefois? soyez-le donc de ma gloire. Vous êtes jaloux ? soyez-le de ma renommée ! Si j'ai doublé par ma dot vos domaines héréditaires ; si je vous ai apporté en mariage , non-seulement la rose d'or et la bénédiction du Saint-Père, mais ce qui tient plus de place sur la surface du monde, Sienne , Rimini , Cesena , Spolette et Piombino, et plus de villes que vous n'aviez de châteaux , et plus de duchés que vous n'aviez de baronnies ; si j'ai fait de vous le plus puissant genlilliomme de Fltalie , ce n'est pas une raison, monsieur , pour que vous laissiez votre peuple me railler , me publier et m'insulter ; pour que vous laissiez votre Ferrare montrer du doigt à toute l'Europe votre femme plus méprisée et plus bas placée que la servante des valets de vos palefreniers ; ce n'est pas une raison , dis-je , pour que vos sujets ne puissent me voir passer au milieu d'eux sans dire: — Ha!

cette femme ! . . . — Or , je vous le déclare , monsieur, je veux que le crime d'aujourd'hui soit recherché et notablement puni , ou je m'en plaindrai au pape , je m'en plaidrai au Valentinois qui est à Forli avec quinze mille hommes de guerre; et voyez maintenant si cela vaut la peine de vous lever de votre fauteuil !

DON ALPHONSE

Madame , le crime dont vous vous plaignez m'est connu.

DONA LUCREZIA

Comment, monsieur ! le crime vous est connu , et le criminel n'est pas découvert !

DON ALPHONSE

Le criminel est découvert,

DONA LUCREZIA

Vive-Dieu ! S'il est découvert , comment se fait-il qu'il ne soit pas arrêté ?

DON ALPHONSE

Il est arrêté , madame.

DONA LUCREZIA

Sur mon âme, s'il est arrêté, d'où vient qu'il n'est pas encore puni?

DON ALPHONSE

Il va l'être. J'ai voulu d'abord avoir votre avis sur le châtiment.

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