‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 35 sur 145 · ACTE II , PARTIE I · texte numérisé non relu

ACTE II , PARTIE I

DONA LUCREZIA

Et VOUS avez bien fait , monseigneur ! — Où est-il ?

DON ALPHONSE

DONA LUCREZIA. '^ < i.j'fi î

Ah , ici ! — Il me faut un exemple, entendez-vous, monsieur? C'est un crime de lèze-majesté. Ces crimes-là font toujours tomber la tête qui les conçoit et la main qui les exécute. — Ah ! il est ici ! Je veux le voir.

DON ALPHONSE

C'est facile.

{Appelant.) — Bautista !

( Ulmissier reparaît.)

DONA LUCREZIA

Encore un mot, monsieur, avant que le coupable soit introduit. — Quelque soit cet homme, fùt-il de votre ville, fùt-il de votre maison, don Alphonse, donnez-moi votre parole de duc couronné qu'il ne sortira pas d'ici vivant.

DON ALPHONSE

Je VOUS la donne. — Je vous la donne , entendezvous bien , madame ?

DONA LUCREZIA

C'est bien. Hé , sans doute j'entends. Amenez-le

maintenant , que je Tinterroge moi-même ! — Mon Dieu , qu'est-ce que je leur ai donc fait à ces gens de Ferrare pour me persécuter ainsi !

DON ALPHONSE , à Vliuissicr.

Faites entrer le prisonnier.

(Z/fl jjorte du fond s'ouvre. On voit paraître Gennaro désarmé entre deux pertuisaniers . Dans le même moment , on voit RustigJiello monter l'escalier dans le petit compartiment à gauclie, derrière la porte masquée ; il tient à la main un plateau sur lequel il y a unjlacon doré, un flacon argenté et deux coupes. Il pose le plateau sur l'appui de la fenêtre , tire son épée et se place derrière la porte.)

ACTl II, PARTIE I. 81 ■

SCÈIVE TROISIÈME.

Les MÊMES, GENNARO.

DON A LUCREZIA

Gennaro !

DON ALPHONSE , s'approchant d'elle , bas et avec un sourire.

Est-ce que vous connaissez cet homme ?

DONA LUCREZIA

C^est Gennaro ! — Quelle fatalité , mon Dieu ! {Elle le regarde avec angoisse; il détourne les yeux.)

GENNARO

Monseigneur le duc, je suis un simple capitaine et je vous parle avec le respect qui convient. Votre altesse m'a fait saisir dans mon logis ce matin j que me veut-elle ?

DON ALPHONSE

Seigneur capitaine , un crime de lèze-majesté humaine a été commis ce matin vis-à-vis la maison que vous habitez. Le nom de notre bien-aimée épouse et cousine doua Lucrezia Borgia a été insolemment balafré sur la face de notre palais ducal. Nous cherchons le coupable.

DONA LTJCREZIA.

Ce n'est pas lui! il y a méprise, don Alphonse. Ce n'est pas ce jeune homme !

DON ALPHONSE

D'où le savez-YOus ?

DONA LUCREZIA

J'en suis sûre. Ce jeune homme est de Venise et non de Ferrare. Ainsi...

DON ALPHONSE

Qu'est-ce que cela prouve ?

DONA LUCREZIA

Le fait a eu lieu ce matin , et je sais qu'il a passé la matinée chez une nommée Fiametta.

GENNARO

Non , madame.

DON ALPHONSE

Vous voyez bien que votre altesse est mal instruite. Laissez-moi l'interroger. — Capitaine Gennaro , êle»vous-celui qui a conmiis le crime ?

DONA LUCREZIA , épcrdue.

On étouffe ici ! De l'air ! de l'air ! J'ai besoin de respirer un peu !

( Elle va à une fenêtre , et en passant à côté de Gennaro , elle lui dit bas et rapidement : )

— Dis que ce n'est pas toi !

Page 1