‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 50 sur 145 · ACTE lï, PARTIE II · texte numérisé non relu

ACTE lï, PARTIE II

DON ALPHONSE

Hé bien , sans la tuer, ne pouvais-tu pas crier, appeler, m' avertir, empêcher Tamant de s'évader?

RUSTIGHELLO.

Oui, et puis le lendemain votre altesse se serait réconciliée avec madame Lucrèce , et le surlendemain madame Lucrèce m'aurait fait pendre.

DON ALPHONSE

Aêsez. Tu m'as dit que rien n'était encore perdu.

RUSTIGHELLO.

Non. Vous voyez une lumière à cette fenêtre. Le Gennaro n'est pas encore parti. Son valet , que la duchesse avait gagné, est à présent gagné par moi, et m'a tout dit. En ce moment il attend son maître derrière la citadelle avec deux chevaux sellés. Le Geimaro va ' sortir pour l'aller rejoindre dans un instant.

DON ALPHONSE

En ce cas, embusquons-nous derrière l'angle de sa maison. Il est nuit noire. Nous le tuerons quand il passera.

RUSTIGHELLO.

Comme il vous plaira.

DON ALPHONSE

Ton épée est bonne ?

RUSTIGHELLO.

Oui.

114 LCCRÈCE BORGIA.

DON ALPHONSE

ïu as un poignard ?

RUSTIGHELLO.

Il y a deux choses qu'il n'est pas aisé de trouver sous le ciel; c'est un italien sans poignard, et une italienne sans amant.

DON ALPHONSE

Bien. — Tu frapperas des deux mains.

RUSTIGHELLO.

Monseigneur le duc , pourquoi ne le faites-vous pas arrêter tout simplement , et pendre par jugement du fiscal?

DON ALPHONSE

Il est sujet de Venise , et ce serait déclarer la guerre à la république. Non. Un coup de poignard vient on no sait d'où , et ne compromet personne. L'empoisonnement vaudrait mieux encore , mais l'empoisonnement est manqué.

RUSTIGHELLO.

Alors, voulez-vous, monseigneur . que j'aille chercher quatre sbires pour le dépêcher 8a ns que vous ayez la peine de vous en mêler?

DON ALPHONSE

Mou cher, le seigneur Machiavel ma dit .soinint ([ue , dans ces cas-là , le mieux était que les princes fissent leurs affaires eux-mêmes.

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