‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 7 sur 145 · ACTE I, PARTIE I · texte numérisé non relu

ACTE I, PARTIE I

homme castillan ; vous , vous êtes madame la marquise de Pontequadrato, dame napolitaine. Nous ne devons pas avoir Tair de nous connaître. Ne sont-ce pas là les ordres de votre altesse ? Vous n'êtes point ici chez vous j vous êtes à Venise.

DONA LUCREZIA

C'est juste , Gubetta. Mais il n'y a personne sur cette terrasse , que ce jeune homme qui dort ; nous pouvons causer un instant.

GUBETTA

Comme il plaira à votre altesse. J'ai encore un conseil à vous donner; c'est de ne point vous démasquer. On pourrait vous reconnaître.

DONA LUCREZIA

Et que m'importe ? S'ils ne savent pas qui je suis , je n'ai rien à craindre; s'ils savent qui je suis, c'est à eux d'avoir peur.

Nous sommes à Venise , madame ; vous avez bien des ennemis ici, et des ennemis libres. Sans doute la république de Venise ne souffrirait pas qu'on osât attenter à la personne de votre altesse ; mais on pourrait vous insulter.

DONA LUCREZIA

Ah! tu as raison ; mon nom fait horreur, en effet.

GUBETTA

Il n'y a pas ici que des vénitiens ; il y a des ro-

mains , des napolitains , des romagnols , dés lombards, des italiens de toute Tltalie.

DONA LUCREZIA

Et toute l'Italie me hait ! Tu as raison ! 11 faut pourtant que tout cela change. Je n étais pas née pour faire le mal , je le sens à présent plus que jamais. Cest l'exemple de ma famille qui m'a entraînée. — Gubetta !

GUBETTA

Madame.

DON A LUCREZIA

Fais porter sur-le-champ les ordres que nous allons te donner dans notre gouvernement de Spolettc.

GUBETTA

Ordonnez , madame ; j'ai toujours quatre mules sellées et quatre coureurs tout prêts à partir.

Qu'a-t-on fait de Galeas Accaioli ?

COBETTA.

Il est toujours en prison, en aUeiiil.inl i|ue \oiie altesse le fasse pendre.

DONA LUCREZIA

Et Guifiry Buondelmonte ?

GUBETTA

Au cachot. Vous n avez pas encore dit de le faire • trangler.

AÇTK I , PARflE 1. 29

DONA LUCBEZIA.

Et Manfredi de Curzola?

GUBETTA

Pas encore étranglé non plus.

DONA LUCREZIA

Et Spadacappa ?

GUBETTA

D'après vos ordres, on ne doit lui donner le poison que le jour de Pâques , dans Thostie. Cela viendra dans six semaines , nous sommes au Carnaval.

DONA LUCREZIA

Et Pierre Capra ?

A rheure qu'il est , il est encore évêque de Pesaro et régent de la chancellerie ; mais , avant un mois , il ne sera plus qu'un peu de poussière, car Notre Saint-Père le pape Ta fait arrêter sur votre plainte , et le tient sous hornie. garde dans les chambres basses du Vatican.

DONA LUCREZIA

Gubetta, écris en hâte au Saint-Père que je lui demande la grâce de Pierre Capra ! Gubetta , qu'on mette en liberté Accaioli ! En liberté Manfredi de Curzola ! En liberté Buondelmonte ! En hberté Spadacappa.

GUBETTA

Attendez ! attendez , madame '^ laissez-moi respi-

rer! Quels ordres me donnez-vous- là! Ah ! mon Dieu ! il pleut des pardons ! il grêle de la miséricorde ! je suis submergé dans la clémence ! je ne me tirerai jamais de ce déluge effroyable de bonnes actions !

DONA LUCREZIA

Bonnes ou mauvaises , que t'importe , pourvu que je te les paie.

GUBETTA

Ah ! c'est qu une bonne action est bien plus difficile à faire qu'une mauvaise. — Hélas ! pauvre Gubetta que je suis ! A présent que vous vous imaginez de devenir miséricordieuse , qu'est-ce que je vais devenir , moi ?

DONA LUCREZIA

Ecoute , Gubetta , tu es mon plus ancien et mon plus fidèle confident...

GUBETTA

Voilà quinze ans , en effet , que j'ai l'honneur d'être votre collaborateur.

DONA LUCREZIA

Hé bien ! dis^ Gubetta, mon vieil ami, mon vieux complice, est-ce que tu ne commences pas à sentir le besoin de changer de genre de vie? est-ce que tu n'as pas soif d'être béni , toi et moi , autant que nous avons été maudits? est-ce que tu n'en as pas assez du crime ?

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