ACTE III
Oli ! si je dois mourir , je ne veux pas mourir de ta main. Cela n'est -pas possible, vois-tu, que je meure de ta main. Tu ne sais pas toi-même à quel point cela serait horrible. D'ailleurs, Gennaro , mon heure n'est pas encore venue. C'est vrai , j'ai commis bien des actions mauvaises , je suis une grande criminelle ; et c'est parce que je suis une grande criminelle qu'il faut me laisser le temps de me reconnaître et de me repentir. Il le faut absolument , entends-tu , Gennaro ?
GENNARO
Vous êtes ma tante. Vous êtes la sœur de mon père. Quavez-vous fait de ma mère , madame Lucrèce Boi^ia ?
DON A LUCREZIA
Attends, attends ! Mon Dieu , je ne puis tout dire. Et puis , si je te disais tout , je ne ferais peut-être que redoubler ton horreur et ton mépris pour moi ! Écoute-moi encore un instant. Oh ! que je voudrais bien que tu me reçusses repentante à tes pieds ! Tu me feras grâce de la vie , n'est-ce pas ? Eh bien , veux-tu que je prenne le voile? Veux-tu que je m'enferme dans un cloître , dis? Voyons, si Ion te disait: cette malheureuse femme s'est fait raser la tête , elle couche dans la cendre , elle creuse sa fosse de ses mains , elle prie Dieu nuit et jour , non pour elle , qui en aurait besoin cependant , mais pour foi, qui peux t'en passer} elle fait tout cela, cette femme, pour que tu abaisses un jour sur sa tête un regard de mi-
séricorde, pour que tu laisses tomber une larme sur toutes les plaies vives de son cœur et de son âme , pour que tu ne lui dises plus comme tu viens de le faire avec cette voix plus sévère que celle du jugement dernier : Vous êtes Lucrèce Borgia ! Si Ton te disait cela , Gennaro , est-ce que tu aurais le cœur de la repousser ! Oh'! grâce ! Ne me tue pas , mon Gennaro ! Vivons tous les deux , toi pour me pardonner, moi, pour me repentir! Aie quelque compassion de moi ! Enfin cela ne sert à rien de traiter sans miséricorde une pauvre misérable femme qui ne demande qu'un peu de pitié î — Un peu de pitié ! Grâce de la vie ! — Et puis , vois-tu bien , mon Gennaro, je te le dis pour toi , ce serait vraiment lâche ce que tu ferais là , ce serait un crime affreux , un assassinat ! Un homme tuer une femme ! Un homme qui est le plus fort ! Oh ! tu ne voudras pas ! tu ne voudras pas!
GENNARO, ébranlé.
Madame...
DONA LUCREZIA
Oh! je le vois bien, j'ai ma grâce. Cela se lit dans tes yeux. Oh! laisse-moi pleurer à tes pieds! UNE VOIX audehovs.
Gennaro !
GENNARO
Qui m'appelle ?
LA VOIX
Mon frère Gennaro !