ACTE I , SCÈNE II
L£ ROI , passant avec madame de Cossé.
Inhumaine !
Vous partez !
MADAME D£ COSSE, soupiraut.
Pour Soissons, où mon mari m'emmène.
LE ROI
iN'est-ce pas une honte , alors que tout Paris,
Et les phis grands seigneurs et les plus beaux esprits ,
Fixent sur vous des yeux pleins d'amoureuse envie ,
A l'instant le plus beau d'une si belle vie ,
Quand tous faiseurs de duels et de sonnets , pour vous ,
Gardent leurs plus beaux vers et leurs plus fameux coups.
V l'heure où vos beaux yeux, semant partout les flammes,
Font sur tous leurs amans veiller toutes les femmes ,
Que vous , qui d'un tel lustre éblouissez la cour
Que , ce soleil parti , Ton doute s'il fait jour ,
Vous alliez , méprisant duc , empereur , roi , prince ,
Briller, astre bourgeois, dans un ciel de province î
MADAME DE COSSE
Lalmez-vous !
LE ROI
Non, non, rien. Caprice original Que d'éteindre le lustre au beau milieu du bal !
{Entre M. de Cossé.)
MADAME DE COSSE
Voici mon jaloux, sire !
( Elle quitte vivement le Roi.)
36 LE ROI s'amuse.
LE ROI
Ah ! le diable ait son ame !
{J Triboulet.)
Je n'en ai pas moins fait un quatrain à sa femme ! Marot t'a-t-il montré ces derniers vers de moi ?. . .
TRIBOULET
Je ne lis pas de vers de vous. — Des vers de roi Sont toujours très-mauvais.
LE ROI
Drôle !
TRIBOULET
Que la canaille Fasse rimer amour et jour vaille que vaille. Mais près de la beauté gardez vos lots divers , Sire , faites Tamour, Marot fera les vers. Roi qui rime déroge.
LE ROI, avec efithousias nie.
Ah ! rimer pour les belles Cela hausse le cœur. — Je veux mettre des ailes A mon donjon royal.
TRIBOULET
C'est en faire un moulin.
Si je ne voyais là madame de Coislin , Je te ferais fouetter.
(// court à madame de Coislin et parait lui adresser quelques galanteries. )