‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 77 sur 145 · ACTE 1, SCÈHE II · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈHE II

TRiBOULET , à part.

Suis le vent cpii t'emporte Aussi Ters celle-là !

M. DE CORDES , s^ approchant de Tribouletj et lui faisant remarquer ce qui se passe au fond du théâtre. Voici par l'autre porte Madame de Cossé. Je te gage ma foi Qu'elle laisse tomber son gant pour que le roi. Le ramasse.

TRIBOULET

Observons.

{Madame de Cossé , qui voit avec dépit les attentions du Roi pour madame de Coislin , laisse en effet tomber son bouquet. Le Roi quitte madame de Coislin et ramasse le bouquet de madame de Cossé j avec qui il entame une conversation qui paraît fort tendre. )

M. DE CORDES , à THboulet.

L'ai-je dit ?

TRIBOULET

Admirable !

M. DE CORDES

Voilà le roi repris !

Une femme est un diable Très-perfectionné.

( Le Roi serre la taille de madame de Cossé et lui

baise lamain. Elle rit et habille gaîment. Toutà-coup M. de Cossé entre par la porte du fond ; M. de Gordes le fait remarquer à Triboulet. — M. de Cossé s'arrête V œil fixé sur le groupe du Roi et de sa femme. )

M. DE GORDES , à THboulet.

Le mari !

MADAME DE COSSE , apercevant son mari, au Roi qui la tient presque embrassée.

Quittons-nous !

{Elle glisse des mains du Roi et s'enfuit. )

TRIBOULET

Que vient-il faire ici , ce gros ventru jaloux !

( Le Roi s'approche d'un buffet au fond, et se fait verser à boire. )

M. DE COSSÉ s'avançant sur le devant du théâtre tout rêveur.

( A part. ) Que se disaient-ils ? '

( // s'approche avec viacité de AI. de la Tour-Landry , qui lui fait signe qu'il a quelque chose à lui dire.)

Quoi ?

M. DE LA TOUR-LANDRY, mjrstéiieusement .

Votre femme est bien belle !

( 31. de Cossé se rebiffe et va à M. de Gordes qui parait avoir aussi quelque chose à lui confier. )

ACTB I, 8CÈWE II. 89

M. DE CORDES, haS.

(^)u est-ce donc qui vous trotte ainsi par la cervelle ? Pourquoi regardez-vous si souvent de côté ?

k( M. de Cassé le quitte avec humeur et se trouve Jace à face avec Triboulet qui l'attire d'un air discret dans un coin du théâtre , pendant que MM. de Gardes et de la Tour-Landry rient à gorge déployée. ) TRIBOULET , bas à M. de Cossé.

Monsieur , vous avez Tair tout encharibotté !

( // éclate de rire et tourne le dos à M. de Cossé qui sort furieux .)

LE ROI , revenant.

Oh ! que je suis heureux ! Près de moi, non , Hercules Et Jupiter ne sont que des fats ridicules ! L'Olympe est un taudis ! — Ces femmes, c'est charmant. Je suis heureux ! et toi ?

TRIBOULET

Considérablement !

IiJeris tout bas du bal, des jeux , des amourettes ; i Moi , je critique , et vous , vous jouissez ; vous êtes Heureux comme un roj^ sire , et moi , comme un bossu.

Jour de joie où ma mère en riant m'a conçu !

( Regardant M. de Cossé qui sort. )

Ce monsieur de Cossé , seul , dérange la fête. Comment te semble-t-il?

40 LE ROI s'amuse.

TRIBOULET

Outrageusement bête.

LE ROI

Ah ! n'importe! excepté ce jaloux, tout me plait. Tout pouvoir , tout vouloir , tout avoir ! Triboulet , Quel plaisir d'être au monde, et qu'il fait bon de vivre ! Quel bonheur !

TRIBOULET

Je crois bien, sire , vous êtes ivre !

LE ROI

Mais, là-bas, j'aperçois. . . les beaux yeux! les beaux bras!

TRIBOULET

Madame de Cossé ?

LE ROI

Viens , tu nous garderas !

{Ilc/mnte. )

Vivent les gais dimanches

Du peuple de Paris !

Quand les femmes sont blanches...

TRIBOULET cluiiitant.

Quand les hommes sont gris!

( Us sortent Entrent plusieurs gentilshommes. )

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