ACTE I , SCÈNE IV
TRIBOULET
Une bourgeoise donc ?
LE ROI
Pourquoi non ?
TRIBOULET, vivemeiit.
Prenez garde. Une bourgeoise ! ô ciel ! votre amour se hasarde. Les bourgeois sont parfois de farouches Romains. Quand on touche à leur bien, la marque en reste aux mains. Tenez, contentons-nous, fous et rois que nous sommes. Des femmes et des sœurs 'ÏÏe vos bons gentilshommes.
LE ROI
Oui, je m'arrangerais de la femme à Cossé.
TRIBOULET
Prenez-la.
LE ROI , riant.
C'est facile à dire et malaisé A faire.
TRIBOULET
Enlevons-la cette nuit.
LE ROI, montrant M. de Cossé. ''
Et le comte ?
TRIBOULET
El la Bastille ?
LE ROI
Oh non !
54 LE ROI s'amuse.
Faites-le duc.
Pour régler votre compte ,
Il est jaloux comme un bourgeois.
Il refusera tout et crîra sur les toits.
TRIBOULET , rêvcur.
Cet homme est fort gênant, qu'on le paie ou l'exile...
( Depuis quelques instans , M. de Cossé s'est rapproché par derrière du roi et du fou et il écoute leur conversation. Triboulet se frappe le front avec joie. )
Mais il est un moyen , commode , très-facile , Simple , auquel je devrais avoir déjà pensé.
{M. de Cossé se rapproche encore et écoute. )
— Faites couper la tête à monsieur de Cossé.
{M. de Cossé recule tout effaré. )
— . . . On suppose un complot avec l'Espagne ou Rome. . .
M. DE COSSÉ, éclatant.
Oh \ le petit satan !
LE ROI, riant et frappant sur l'épaule de M. de Cosse [a Triboulet.)
Là , foi de gentilhomme , Y penses-tu ? couper la tête que voilà ? Regarde cette tête, ami! Vois-tu cela?
S'il en sort une idée, elle est toute cornue.