‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 87 sur 145 · LA MEME VOIX · texte numérisé non relu

LA MEME VOIX

Parler au Roi !

LE ROI , 'vivement.

Non , non !

( Un vieillard vêtu de deuil perce la foule , et vient se placer devant le Roi , qu'il regarde fixement. Tous les courtisans s'écartent avec étonnement.)

ACTB I , SCÈNE V. 59

SGÉIVE CINQUIÈME.

Les mîmes, M. DE SAINT- V ALLIER ; grand deuil , barbe et cheveux blancs.

M. DE SAINT-V ALLIER , au Roi.

Si ! je vous parlerai !

LE ROI

Monsieur de Saint- Vallier !

M. DE SAiNT-vALLiER, immobile au seuil.

C'est ainsi qu'on me nomme.

{Le roi fait un pas vers lui avec colère. Triboulet l'arrête.)

TRIBODLET.

Oh , sire ! laissez-moi haranguer le bonhomme.

{A M. de Saint-Kallier j avec une attitude théâtrale.)

Monseigneur ! — vous aviez conspiré contre nous, Nous vous avons fait grâce , en roi clément et doux. C'est au mieux. Quelle rage à présent vient vous prendre D'avoir des petits-fils de monsieur votre gendre ? ' )tre gendre est aflPreux , mal bâti , mal tourné , tiarqué d'une verrue au beau milieu du né, Borgne, disent les uns, velu , chétif et hléme , Ventru comme monsieur,

(// montre M. de Cossé, qui se cabre.)

bossu comme moi-même.

Qui verrait Yotre fille à son côté, rirait. Si le roi n'y mettait bon ordre, il vous ferait Des petits-fils tortus , des petits-fils horribles , Roux, brèche-dents, manques, effroyables, risibles, Ventrus comme monsieur,

( Montrant encore M. de Cosséj qu'il salue, et qtti s'indigne.)

et bossus comme moi !

Votre gendre est trop laid! — Laissez faire le roi, Et vous aurez im jour des petits-fils ingambes Pour vous tirer la barbe et vous grimper aux jambes.

( Les courtisans applaudissent Triboulet avec des huées et des éclats de rire.)

M. DE s AiNT-v ALLIER , sans regarder Ic bouffon.

Une insulte de plus ! — Vous, sire, écoutez-moi, Comme vous le devez, puisque vous êtes roi ! Vous m'avez fait un jour mener pieds nus en Grève j Là, vous m'avez fait grâce, ainsi que dans un rêve, Et je vous ai béni, ne sachant eu efî'et Ce qu'un roi cache au fond d'uii^ grâce qu'il fait. Or, vous aviez caché ma honte dans la mienne. — Oui, sire, sans respect pour une race ancienne , Pour le sang de Poitiers, noble depuis mille ans, Tandis que, revenant de la Grève à pas lents. Je priais dans mon cœur le dieu de la victoire Qu'il vous donnât mes jours dévie en jours de gloire, Vous , François de Valois , le soir du même jour. Sans crainte , sans pitié , sans pudeur, sans amour.

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