‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 88 sur 145 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Dans votre lit , tombeau de la vertu des femmes , Vous avez froidement , sous vos baisers infâmes , Terni , flétri , souillé , déshonoré , brisé Diane de Poitiers , comtesse de Brezé ? Quoi, lorsque j'attendais Farrêt qui me condamne, Tu courais donc au Louvre , ô ma chaste Diane ! Et lui , ce roi , sacré chevalier par Bayard , Jeune homme auquel il faut des plaisirs de vieillard , Pour quelques jours déplus dont Dieu seul sait le compte, Ton père sons ses pieds , te marchandait ta honte , Et cet affreux tréteau , chose horrible à penser ! Qu'un matin le bourreau vînt en Grève dresser , Avant la fin du jour, devait être , ô misère ! .Ou le lit de la fille , ou l'échafaud du père ! 0 Dieu ! qui nous jugez ! qu avez-vous dit là-haut , Quand vos regards ont vu , sur ce même échafaud , Se vautrer, triste et louche , et sanglante et souillée , La luxure royale en clémence habillée!

Sire! en faisant cela , vous avez mal agi. Que du sang d'un vieillard le pavé fût rougi , C'était bien. Ce vieillard, peut-être respectable. Le méritait , étant de ceux du connétable. Mais que pour le vieillard vous ayez pris Tenfant, Que vous ayez broyé sous un pied triomphant La pauvre femme en pleurs , à s'effrayer trop prompte , C est une chose impie , et dont vous rendrez compte ' \ous avez dépassé votre droit d'un grand pas. Le père était à vous , mais la fille , non pas. Ail ! vous m'avez fait grâce ! — Ah ! vous nommez la chose T '^^ jjfrâce ! et je suis un ingrat , je suppose ! ^ire, au lieu d'abuser ma fille, bien plutôt

62 LE ROI s'amitse.

Que n'êtes- vous venu vous-même en mon cachot! Je vous aurais crié : — Faites-moi mourir, ^râce ! Oh ! grâce pour ma fille , et grâce pour ma race ! Oh ! faites-moi mourir î la tombe , et non Taffront ! Pas de tête plutôt qu une souillure au front ! Oh ! mon seigneur le roi , puisqu'ainsi Ton vous nomme , Croyez-vous qu'un chrétien, un comte, un gentilhomme. Soit moins décapité, répondez, mon seigneur, Quand au lieu de la tête il lui manque l'honneur ?

— J'aurais dit cela, sire, et le soir, dans l'église, Dans mon cercueil sanglant baisant ma barbe grise , Ma Diane au cœur pur, ma fille au front sacré , Honorée , eût prié pour son père honoré !

— Sire , je ne viens pas redemander ma fille ; Quand on n'a^us dhonneur, on n'a plu$ jje famille. Qu'elle vous aime ou non d'un amour insensé.

Je n'ai rien à reprendre où la honte a passé.

Gardez-la. — Seulement je me suis mis en tête

De venir vous troubler ainsi dans chaque fête ,

Et jusqu'à ce qu'un père, un frère , ou quelque époux .

— La chose arrivera, — nous ait vengé de vo.u8, Pâle, à tous vos banquets, je reviendrai vous dire :

— Vous avez inal agi , vous avez mal fait , sire ! — Et vous m'écoulerez , et votre front terni

We se relèvera que quand j'aurai fini.

Vous voudrez , pour forcer ma vengeance à se taire, Me rendre au bourreau. Non. Vous ne l'oserez faire, De peur que ce ne soit mon spectre qui demain

{Montrant sa tête.)

Revienne vous parler, — celte tête à la main !

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