‹ Œuvres. ThéâtreChapitre 110 sur 191 · ACTE II, SCENE III. IÇJ · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III. IÇJ

Encor du sang, dis-tu? Quelle terrible année! Mon père, pour tenir la parole donnée, Se rendant prisonnier et trépassant là-bas; Le malheur devant moi se dresse à chaque pas; Les Jacques, les Anglais, la famine et la peste, Tout à la fois !

LE MARÉCHAL d'ANDREHAM.

C'est vrai, Monseigneur, il ne reste A ce pays vaincu qu'un espoir aujourd'hui : C'est que Dieu tout-puissant prenne pitié de lui!

Bien, d'Andreham ! Mettons en Dieu notre espérance. Il ne peut pas faillir au beau pays de France, Qu'il a depuis longtemps élu pour champion.

LE MARÉCHAL D'ANDREHAM, au Roi.

Que n'écrasez-vous donc d'abord ce scorpion

De Navarre? Nous tous en aurions l'âme en joie.

LE MARÉCHAL DE B O U C I C A U T , au Roi.

Ce présage de sang que le ciel vous envoie Vous dit de le frapper au plus tôt, ce Mauvais.

Aux seigneurs.

>as, mess<

Assentiment gênerai.

LE ROlj tristement.

Oui, si je le pouvais!

LE COMTE DrAUXERRE, vivement.

Mais dites un mot, Sire, et toutes nos épées, Depuis un si long temps, hélas! inoccupées, Menaçantes, avec la lueur de Téclair, Jailliront à la fois de leurs gaines de fer!

BAUDOIN DE H A N N E Ç^U I N , de même.

La mesure est comblée, et tant de félonit, Gentil roi, ne peut pas demeurer impunie.

LE MARÉCHAL DE BOUCICAUT, de même.

A défaut des Anglais, nos maîtres par traité, Et dont il faut subir encor la volonté, Vous pouvez châtier ce vassal trop rebelle.

LE COMTE d'auXERRE, de même.

Sire, nous sommes prêts, l'occasion est belle; Déclarez-lui la guerre et sonnez le tocsin !

LE MARÉCHAL d'andreham. de même.

En un mois nous allons envahir le Vexin, Entrer dans sa comté d'Evreux, et que je meure Si vous ne pouvez pas, Messire, dès cette heure, Faire remettre à neuf, pour ce fils de Gascon, Le gibet le plus haut qui soit à Montfaucon !

tous, pressant et entourant le Roi.

Oui, la guerre ! la guerre !

LE ROI, lentement.

Ah ! messeigneurs, la guerre Coûte beaucoup d"argent, et nous n'en avons guère. On ne tire plus rien des Juifs et des Lombards; Les impôts sont déjà bien lourds; de toutes parts On vient se plaindre à moi des collecteurs de tailles ; Tout est grevé d'un tiers en plus, sauf les futailles; Le fouage, qu'il eût fallu qu'on dédoublât, Est à deux francs, messieurs, dans tout le pays plat, Et monte à quatre francs pour les villes fermées; Les contributions sont toutes affermées, Mais c'est le diable pour les lever et cueillir! Et tout peut d'un instant à l'autre nous faillir. Les récoltes de l'an dernier sont détestables,

Pas de blé, pas de vin ! Et messieurs les Notables Des Etats, l'autre fois, me reprochaient encor D'avoir surélevé la valeur du marc d'or. Vous voyez, n'est-ce pas, que la simple sagesse Nous défend, pour longtemps, la plus faible largesse ? La guerre! mais comment payer les batailleurs ?... Il le faut : attendons, messieurs, des temps meilleurs.

Mouvement de dépit chez les seigneurs. Le connétable se détache de leur groupe et vient, en s' inclinant, se poser devant le Roi.

Page 1