‹ Œuvres. ThéâtreChapitre 122 sur 191 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

DU GOEsClINj voulant s'élancer au dehors.

Au secours! au secours! Je vais...

le roi, l'arrêtant.

C'est inutile.

Je connais dès longtemps le venin du reptile, Mais, contre tout boucon ou toxique, j'ai là

Tirant une fiole de son sein.

L'antidote fameux de Pcdre d'Avila.

DU GUESCLIN

Buvez donc sur-le-champ ! Buvez !

LE ROI, impassible.

Non!... Tout à l'heure.

DU GUESCLIN

Oh! par grâce !...

LE ROI, amèrement.

Eh ! qu'importe après tout que je meure.1 Car, tu l'as dit, Bertrand, je suis un mauvais roi... Et si c'est Dieu qui veut vous délivrer de moi?

DU GUESCLIN, suppliant.

Mon maître, au nom de tous les bons Français ensemble, Oh ! vivez !

2l8 LA GUERRE Dr. CENT ANS.

LE ROïj lui saisissant la main.

Vois d'abord, soldat, si ma main tremble.

DU GOESCLIX.

Oh ! pardon à genoux, mon seigneur vénéré !

LE ROI, lui montrant le flacon.

Tu vois! je tiens ma vie... Eh bien! je ne vivrai Qu'après t'avoir prouvé que j'en suis vraiment digne Sois sans crainte d'ailleurs : cette liqueur maligne Est lente à vous donner la mortelle torpeur. — J*ai la mort dans le sang, et je n'en ai pas peur.

DU GUESCLIN

Sire, c'est héroïque, et j'admire.

le ROI, lentement d'abord, puis l'animant peu à peu.

Ah ! l'on trouve Que je n'excite pas la colère qui couve ; Et mes braves sujets, contre moi maugréant, Me traitent de couard et de roi fainéant ! Eh bien! toi qui te rends ici leur interprète, Sache ce que j'ai fait et tout ce que j'apprête; Et quand tu connaîtras mes actes et mes vœux.

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