ACTE II, SCÈNE VII
Quelle fière parole avez-vous dite? Aucune. — Lorsque se soulevait un grand seigneur terrien, L'assistiez-vous ? Jamais. — Donc rien, et toujours rien ! Sans perdre tout espoir, on se lasse; et la France Vous accuse, à la fin, de trop d'indifférence. Je ne vous juge point ; mais, soldat qui les hais, Je reste où l'on combat encore les Anglais.
LE ROI, qui a écouté Du Guescliii sans manifester aucun sentiment, reprend avec tristesse et comme se parlant à luimême.
Donc, il refuse; donc. Du Guesclin m'abandonne. Soit, adieu ! Ce n'est pas que la chose m'étonne: Il en est déjà tant qui ne m'ont pas compris.
D'une voix profonde.
Courbe-toi de nouveau sous le vent du mépris, Roi maudit! et, soufflant ta lueur de génie, Reprends tes jours de deuil et tes nuits d'insomnie. Mais non ; je veux dormir. Du Guesclin seul pouvait Chasser le rêve affreux qui hante mon chevet. La France agonisant et me criant : « A l'aide! » Je vais donc encor voir ce spectre qui m'obsède Tordre ses bras sanglants, et l'entendre gémir! Non ! Viens, philtre sauveur... Dormir ! je veux dormir. Il vide d'un trait le hanap empoisonne'.
2l6 LA GUERRE DE CENT ANS.
DU CUESCL1N.J fart.
Quelle immense pitié s'émeut donc dans mon âme? Ah! pauvre jeune prince!
LE ROI. avec terreur
Ai-je bu de la flamme/ J'ai senti ces douleurs une première fois... Ah ! je reconnais là ton œuvre, ô Navarrois, Et ton poison, danger qui sur moi toujours plane!
DU CUESCLIN. épouvanté.
Sire, que dites-vous ?
LE ROI
Bertrand, cette tisane Contenait du poison, te dis-je!
DU GUKSCLIN.
Dieu très haut !
Un tel crime...
LE ROI
En voici la preuve, vois plutôt.
Il jette au feu le fond du h.niap ; une flamme verte jaillit.