‹ Œuvres. ThéâtreChapitre 184 sur 191 · EPILOGUE, SCENE 1. 3 II · texte numérisé non relu

EPILOGUE, SCENE 1. 3 II

Dans ton vieux vêtement de fer tout bosselé,

Pousser ton palefroi sur des forêts de piques ;

Toi, Du Guesclin, héros de nos luttes épiques,

Dont les fléaux d'acier frappant le morion

En ont cent fois meurtri le fier alérion

Qui, sous le choc, jetait des gerbes d'étincelles ;

Oui, toi, qui le premier appliquais les échelles

Et montais, les forçant à craquer sous ton poids,

Aux murs d'où ruisselaient l'huile en flamme et la poix ;

Cette mort du soldat, pour ta gloire rêvée,

Parmi tant de périls tu ne l'as pas trouvée,

Et d'une fièvre, ainsi qu'un vieux, sur ce grabat,

Tu vas mourir peut-être à l'heure d'un combat.

DU GUESCLIN, parlant en rêve.

Notre-Dame Guesclin !... A moi !... Bretagne !... France

CLIVI ER.

Il rêve. — Ah ! je le sais, c'est de désespérance Que tu meurs, et non pas de la fièvre, ô grand cœur ; C'est d'un dégoût profond, d'une immense rancœur, C'est de l'ingratitude et de la calomnie ! Voilà donc comme on tue un homme de génie. O suprême injustice ! Il se bat quarante ans,

Il est le plus fameux guerroyeur de son temps, Un grand vainqueur de gens et conquéreur de terre ; Il a fait, pied à pied, reculer l'Angleterre, Et chassé ses soudards du sol que nous aimons; Puis, pendant une trêve, il a passé les monts. Et rendu son royaume au roi des deux Castilles.

Gagnez donc vingt combats, forcez donc cent bastill.

Sauvez donc la patrie !... Un beau jour, que dit-on ? Que vous avez le cœur moins français que breton ! Que sais-je?... Votre roi, de qui lame est trompée, Vous accuse. On s'indigne, on lui rend son épée De connétable, on songe à l'exil... et l'on part. Pourtant sur le chemin se dresse ce rempart, Le château de Randon où l'Anglais tient encore. Frémissant de revoir l'étendard qu'il abhorre, Le héros méconnu n'ira pas plus loin. Non! Il l'assiège, il prétend y planter son pennon. Et. par ce dernier coup où sa vaillance éclate, Donner un dernier tort à la patrie ingrate.

Un silence.

En aura-t-il le temps?

Au médian.

Eh bien, qu'en dites-vous, Maître, et comment est-il .J

ÉriLOGUF. , SCENE I. }l\

Page 1