‹ Œuvres. ThéâtreChapitre 6 sur 191 · SCENE II, II · texte numérisé non relu

SCENE II, II

Mais je souffre l'exil d'une fleur dans la serre; Sans regrets ni désirs, comme elle je languis. Ce monde des heureux, ce monde où je naquis, Que j'aimais autrefois et pour qui je suis faite, Ce monde qui m'entoure, et m'admire, et me fête, Il me semble à présent étroit comme un cachot. La loge de velours, le boudoir sombre et chaud. L'équipage élégant qu'un chiffre d'or blasonnc, La chasse que l'on suit, svelte et noire amazone, Le grand bal où l'on traîne un cortège tremblant De danseurs décorés du gardénia blanc, Et les coins de salon où, s'écartant des danses, Quelques femmes vous font leurs fausses confidences, En vous tenant les mains et leurs yeux dans vos yeux. Tout cela, mon ami, comme c'est ennuyeux ! D'un étrange souci je suis préoccupée.

J'étais femme, et l'on m'a transformée en poupée ; Je souris, je m'exprime en prose de roman, Comme un joujou bien fait qui dit : «Papa,maman! » Mais je sens bien au fond que cela n'est pas vivre. Je suis captive et dors ; je veux qu'on me délivre. Je veux qu'on me réveille, et son rêve charmant Commence à fatiguer la Belle au bois dormant. En un mot, je m'ennuie et demande autre chose.

^-Or, je vous ai toujours trouvé simple et sans pose, J'aime vos mots d'enfant et votre air amical. Vous ne m'avez jamais dit un seul madrigal, Et — je n'écoute pas ce soupir hypocrite! — Vous ne m'avez pas fait la cour; très grand mérite ! Maintenant, voulez-vous me laisser, s'il vous plaît, Vous surprendre parfois à votre chevalet? Là, nous bavarderons, vous, tenant la palette, Moi. libre d'arranger au miroir ma toilette Et de fouiller partout, sauf les meubles fermés, Sans que vous me disiez jamais que vous m'aimez.

RAYMOND, après un moment de réflexion.

Vous ne détestez pas ma franchise?

LA COMTESSE

Au contraire.

RAYMOND

Est-ce bien vrai ?

LA COMTESSE

Bien vrai.

Donc, c'est pour vous distra

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