‹ Œuvres. ThéâtreChapitre 67 sur 191 · I I 6 LA G U F. R R T. DT. C T. N T ANS · texte numérisé non relu

I I 6 LA G U F. R R T. DT. C T. N T ANS

Se trouvait parmi ceux du roi Jean de Bohême.

J'étais son écuyer, et je me souviens même

Qu'au matin nous avions communié tous deux.

Vers la fin du combat, — j'étais à côté d'eux

Et je puis raconter tout ce qu'a fait mon maître. —

Jean de Bohême, aveugle, et blanc comme un ancêtre.

Requit le seigneur comte et son autre servant,

Ingomar le Bancal, d'entraîner en avant

Sa jument du Danube à la robe jaspée,

Afin qu'il pût férir encore un coup d'épée;

Et. comme un vieux faucon entre deux tiercelets,

Ces trois hommes unis coururent aux Anglais.

Je les trouvai, la nuit, sur le champ de bataille,

Couchés tous trois; et seul, bien qu'une large entaille

Ouvrît son front, reçue en brave, par devant,

Enguerrand de Maunv fut relevé vivant.

Il guérit, puis au roi s'en alla rendre hommage.

alain. m îdementm âpre»?

HUGUES

Après ! c'est tout.

ALAIN

C'est tout ! Ali ! c'est domniaj

Mais, mon jeune seigneur, c'est bien toujours ainsi Que je vous ai conté l'affaire de Crécy.

ALAIN, un peu disappointé.

C'est vrai.

Vers la fin du récit, la Comtesse a laissé sa quenouille et a écoulé avec attention, puis ell: s'est levée et approchée du groupe formé par Hugues et les enfants.

LA COMTESSE

Très bien parlé, mon vieil Hugues ! L'histoire Est bonne à répéter. Grave dans la mémoire De ces enfants, grandis aux heures de danger, Le récit des malheurs qu'ils auront à venger.

HUGUES, debout.

Peut-être qu'aujourd'hui, dame, le roi de France Les répare?

la comtesse.

Peut-être!... et c'est notre espérance, Mais c'est ma crainte encor ; car mon noble Enguerrand, Qui du choc de Crécy s'est relevé si grand, Et votre aîné, mes fils, sont, à l'heure où nous sommes,

Aux côtés du roi Jean de France avec leurs hommes. Hier ils s'en sont allés, du côté du levant, Dès le matin, le cœur joyeux, bannière au vent. Trois de front et formant une colonne étroite, Vêtus de fer de pied en cap. la lance droite. Fermes sur leurs chevaux bardés de fer comme eux ; Et l'aurore de pourpre, à l'horizon brumeux, Jetait une lueur fauve sur chaque armure. Par la route poudreuse, avec un lourd murmure, Ils sont partis; et moi. du sommet de la tour, Longtemps je les suivis des yeux jusqu'au détour Du chemin qui les mène aux glorieux voyages. Tout à coup le soleil, déchirant les nuages, Sur les casques, sur les lances, sur le drapeau, Darda ses traits de flamme, et rien n'était plus beau Que cette hydre d'acier, rampant vers les batailles, Dont le midi faisait resplendir les écailles. — Ah ! de tous ces amie partis pour les combats. Combien de braves gens qui ne reviendront pas! Qui sait? Ni mon mari, ni mon aîné, peut-être!

HUGUES

Enfer! ne plus pouvoir accompagner mon maître! Etre vieux, bon à rien !

rnOLOGl'E. SCÈNE I. ÏID

A L A I N , à sa mère.

Mon grand frère Olivier, Mère, est bien heureux!

HUGUES

Oui. Plus d'un doit l'envier, Messire Alain. Pour lui, c'est la grande journée l Car il a l'heur d'avoir son épée étrennée, Et de combattre, encore enfant, comme un barbon, Sous les yeux de son père et du roi Jean le Bon.

LA COMTESSE

Ah! qu'il avait bon air, mon fils, sous la cuirasse! Je pressens qu'il sera la gloire de sa race. Mais que Dieu, de sa tête écartant le péril, Me le ramène sain et sauf!

LE CHAPELAIN, s' approchant du groupe, avec onction.

Ainsi soit-il!

Mais, depuis ce matin, après la sainte messe, Selon votre désir et selon ma promesse, Dans leurs flambeaux d'argent brûlent, devant l'autel, Dix cierges en l'honneur de monsieur saint Michel

Archange et pourfendeur de Satan. Ainsi, dame, Vous pouvez éloigner tout souci de votre âme, Et messire Olivier est sous l'aile de Dieu. D'ailleurs, ce qui devra contribuer un peu A vous donner espoir dans une issue heureuse, C'est que notre excellente armée est plus nombreuse Que celle des Anglais et que, devant Poitiers, Autour du roi, qui vient d'y prendre ses quartiers, Sont rangés les meilleurs parmi ceux qu'on redoute.

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