‹ Œuvres. ThéâtreChapitre 79 sur 191 · PROLOGUE, SCENE IX · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCENE IX

Toi, la mûre, il faudra que tu les leur répètes,

Ces derniers cris de rage et d'honneur révolté

Que je jette en mourant à tant de lâcheté.

Et vous, enfants, Alain, Huon, Philippe, Jacques,

Sachez qu'il vaudrait mieux pour vous faire vos Pâques

En état de péché mortel, qu'il vaudrait mieux

Vendre la sainte hostie aux Juifs astucieux

Et contracter avec Satan un pacte infâme,

Que de jamais laisser s'effacer de votre âme,

Avec le souvenir de nos espoirs trahis,

La haine de l'Anglais et l'amour du pays !

— A boire ! car je brûle, et la fièvre m'altère.

HUGUES, lui préseutanl à boire.

Voici.

LE COMTE, après avoir bu.

Depuis vingt ans, les hommes d'Angleterre, Sous un prince félon, aventuriers pillards, Las de leur île froide aux éternels brouillards, Avare de froment et rebelle à la vigne, Foulant sous leur talon le vieux droit qui s'indigne. Ont fondu sur la France, afin de s'y gorger, Tels qu'un vol de corbeaux au milieu d'un verger. On luttait jusqu'ici, sans succès, non sans gloire.

Ils s'éiena^icsi partout, hideuse tache noire Qui grandissait toujours sur le sol dévasté. Comme au corps d'un lépreux un ulccre empesté. Cette fois, on croyait proche la délivrance; On espérait les vaincre, enfin! Le roi de France Nous avait conviés tous au suprême effort; Et tous étaient venus, joyeux; du sud au nord, On avait réuni lost et la chevauchée, Communiers court-vêtus. noblesse empanachée, Mercenaires payés par tête un écu d'or ! Et chacun avait fait son devoir, plus encor : Qui devait une lance en avait fourni quatre ; Le noble, avec ses fils en état de combattre. Se présentait, lion entre ses lionceaux ; Le moindre banneret amenait ses vassaux ; Nous étions quatre-vingt mille hommes ; la victoire Etait sûre; ils étaient acculés à la Loire; Eux-mêmes se sentaient perdus : Plantagenet Offrait de se soumettre; enfin, on les tenait !

HUGUES

Mais alors ?

LT. COMTE

Trahison ! déshoaneur ! infamie !

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