‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 101 sur 160 · A MESDEMOISELLES · texte numérisé non relu

A MESDEMOISELLES

AMÉNAÏDE, LYZIE ET EUGÉNIE DE FRIBERG

0 vous, mes jeunes sœurs que je ne connais pas! Sur l'éternel gazon que caressent vos pas

Je vous vois passer souriantes.

C'est en vain que Thétis, reine du gouffre amer. Vous cache à mes regards, ô perles de la mer,

Dans ses Antilles verdoyantes.

Poète extasié que ravissent leurs jeux.

Ce n'est plus dans les bois du Parnasse neigeux

Que mon cœur rêve les trois Grâces ; Ce n'est plus, Olmios, vers tes flots argentés Que j'égare mes yeux et mes vers enchantés,

Dans le sable d'or où tu passes!

C'est vers ce paradis désiré des marins Où sous les bananiers et dans les tamarins

Les sylphes de Tair font la sieste, Où cent lies en fleur, filles des Océans, Sous les magnolias lavent leurs pieds géants

Dans une mer d'un bleu céleste.

C'est parmi les saphirs où ces riants îlots Sortent comme Gvpris de l'écume des flots

Peuplés de soudaines féeries, Où, près de l'ananas et du pâle oranger, Le hamac, suspendu comme un oiseau léger.

Berce les molles rêveries.

Je vous vois dans l'air pur de ces jardins si doux. Causant et souriant, tandis qu'une de vous,

Ainsi qu'une amazone ailée, Devance les éclairs et s'avance en rêvant Sur un cheval fougueux, qui fustige le vent

De sa crinière échevelée.

Je vous vois, et mes vers fendent le ciel brumeux. Puissent un jour me prendre et m'emporîer comme eux

Sur le dos de la vague blonde.

Avec leur mille pieds, pour mes désirs trop lents, Ces navires de feu dont les baisers brûlants

Laissent une ride sur l'onde !

Juillet 1850.

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