ZEUS
Au sommet de l'Ida, sous de pauvres habits, Le fils d'un roi puissant fait paître ses brebis, Et couché parmi l'herbe épaisse, au pied d'un hêtre. Il enfle ses pipeaux ainsi qu'un dieu champêtre.
Là tantôt du regard il compte ses taureaux, Ou, soucieux, rêvant la gloire des héros, Il écoute gémir les eaux du fleuve Anaure Dont les flots argentés rendent un bruit sonore.
Il gravit les sommets dès que le jour a lui. Hermès, fils de Maïa, tu vas voler vers lui, Rapide, et franchissant les cieux à tire-d'ailes, Et tu lui rediras ces paroles fidèles :
Pasteur aimé de Pan, ô Paris, fils de roi I Laisse là tes brebis et calme ton effroi. De roivmpe neigeux trois Déesses sublimes Ont pour ton jugement quitté les hautes cimes.
Pèse en tes mains les flots de leurs cheveux tremblants ; Regarde leurs bras; vois quels pieds sont les plus blancs, Et quel sein virginal montre, par sa courbure. Sous le riche péplos la forme la plus pure.
Compare la blancheur des dents et la façon
Dont les sourcils égaux, plantés à l'unisson,
S'arrondissent en arc, puis offre à la plus belle
Ce fruit d'or, qu'elle estime un prix bien doux pour elle.
LE CHOELR.
Comme le lait divin de la Mère immorlelle Sur l'univers entier tombe de sa mamelle
Et va tout féconder au loin, Ainsi le roi des Dieux sur nous avec largesse Répand dans ses discours sa féconde sagesse
Que nous recueillons avec soin.
La querelle à présent reste entre les trois reines. Hèra montre aux amours des splendeurs souveraines,
Pallas, belle comme les soirs, A des regards d'azur dont nul cœur ne se sauve, Et Cypris, secouant sa chevelure fauve,
Met des éclairs dans ses yeux noirs.
ÉRIS.
Ainsi que les magiciennes
Composent d'amères liqueurs
En poussant des clameurs obscènes.
Ainsi j'ai des poisons vainqueurs.
C'est toujours le vieux sang rebelle
Qui gonfle ma rude mamelle.
Plein de ma haine, ardent comme elle.
Ah! je brave les Dieux moqueurs
Quand je vois, malgré leurs outrages,
S'amasser de jalouses rages,
Et quand j'ai longtemps dans les cœurs
Épanché mon cœur plein d'orages!
LE CHOEL'R.
Tressez vos chants divins, sœurs du dieu de Claros ! Le Nysien joyeux avec le chaste Éros, La joie avec l'amour s'allie..
ïhétis aux cheveux verts est épouse, et les Dieux Ont quitté sans regrets l'Ouranos radieux
Pour les grands monts de Tliessalie !
Les trois Déesses, précédées par Hermès, traversent les airs dans des chars rayonnants.
LE CHOEUR, sur La terre.
Quelle clarté nouvelle illumine les cieux Fulgurants, et nous force à baisser la paupière? Des feux épanouis éblouissent nos yeux.
Le roi Zeus est-il las de nos temples de pierre, Et fait-il pour ses fils un temple de soleil? Les grands Dieux ont-ils vu briller à leur réveil Un astre né d'hier qui veut trouver sa route, D'un vol si furieux qu'il épouvantera Les vieux flambeaux épars dans l'éternelle voûte? Est-ce un sanglant prodige? ou la belle Hèra A-t-elle fait encore, en secouant ses voiles, D'une goutte de lait un chœur dansant d'étoiles?
HERMES
Déesses! pressez vos coursiers!
Il ne faut pas que vous laissiez La Nuit arriver la première.
Laissez fuir vos chars de lumière !
Si le plaisir a peu d'instants, Les heures comptent les tristesses.
Pressez vos coursiers, ô Déesses !
Les Heures ont rourbé le Temps.
Laissez fuir vos chars éclatants !