P ALLAS
Volez, ô mes coursiers sans frein, Habitués au bruit des boucliers d'airain, Vous qui, lorsque la Guerre éblouissait confuse. Écrasiez sous vos pieds les artisans de ruse !
Brillez comme autrefois, armes que je suspends
A mon égide, et toi, Méduse, Pour me faire plus belle emplis d'éclairs rampants
Tes cheveux qui sont des serpents!
LE CHŒUR
Phœbos a-t-il encore à quelque téméraire Confié pour un jour son char d'or et d'onj^x? A-t-il promis d'avance et juré par le Styx? D'autres Nymphes en pleurs par un chant funéraire Vont-elles consoler une autre ombre, et va-t-on Voir tomber dans les flots un nouveau Phaéton? Pour une autre rivale aimante et préférée, La déesse d'Argos, comme pour Sémélé,
A-t-elle empli de haine une feinte dorée;
Et le roi Zeus, du haut de son nuage ailé,
Vient-il chercher encore, épouvantant nos âmes,
Une amante aux heauxyeux qui mourra dans les flammes?
HERMÈS
Déesses, pressez vos coursiers !
Plus vite que les hlancs ramiers Et que notre rose courrière.
Laissez fuir vos chars de lumière Tandis qu'en vos cœurs palpitants La colère met ses ivresses.
Pressez vos coursiers, ô Déesses! - Avec l'Euros et les autans Laissez fuir vos chars éclatants !
CHCEUR DES FE>fMES.
Quand Sémélé portait Bacchos dans ses entrailles,
Furieuse, et rêvant de promptes représailles,
Hèra sentit la rage emplir son cœur jaloux.
Sur son lit solitaire elle versa dos larmes.
Et par ces mots amers exhala son courroux :
Quoi! ce n'est point assez d'avoir vu tous mes charmes
Haïs et dédaignés pour des baisers mortels!
Non contente à la fin d'outrager mes autels,
Et d'attirer à soi, lorsque la nuit scintille,
L'amour de Zeus qui fuit loin de mes bras tremblants,
Ma rivale en reçoit un gage dans ses flancs !
Mais, ô Kronos, Titan rusé, je suis ta fille !
Elle dit. Aussitôt elle ride son front Comme sil eût des ans subi le rude affront.
Ue rares cheveux gris elle ombrage sa tempe, Et fuit vers Sémélé dans un nuage d'or. Sérieuse, courbée, et portant une lampe, Parlant à mots comptés d'une voix ferme encor, Elle avait tout l'aspect de la sage nourrice Béroë, qui porta Sémélé dans ses bras.
Hélas! dit-elle, enfant, redoute un artifice. Bientôt, le cœur gonflé de pleurs, ta gémiras. Car souvent un mortel, le mensonge à la bouche, Est monté comme dieu sur une chaste couche.
Si l'amant de tes nuits est le Dieu des humains,
Qu'il vienne à toi, brillant des clartés qu'il étale
Aux genoux dédaigneux de Hèra ta rivale.
Geint d'éclairs et terrible, avec la foudre aux mains.
Ce discours éveilla l'orgueil de la Thébaine.
En flattant de la main ses longs cheveux d'ébène.
Le roi Zeus se lia par un fatal serment.
Et quand, rouge d'éclairs, il vint, céleste amant,
Dans son triomphe heureux que l'univers acclame,
La mortelle, livrée à ses destins écrits,
Sentit son fol espoir expirer dans la flamme
Et sa vie à l'Orcos fuir avec de grands cris.
CYPRIS
Au-dessus des mers et des syrtes, De Cypre bien-aimée, où fleurissent les myrtes, Venez, fendez la nue et l'air étincelant, Colombelles de neige au plumage tremblant !
Et vous aussi, venez, mes fils aux blondes ailes, Oue le cœur cherche en se troublant!
Pour le berger qui vaut tous les amants rebelles Rendez-moi belle entre les belles !
LE > .V X ( i ] ) J-; I. A (■ < ) u j • i:. 39."
CHOEUR DKS HOMMES.
Phaëton,. outragé par le dédain moqueur D'Épaplios, et blessé par lui dans son cher cœur, Alla, par les conseils de Clymène sa mère, Jusques aux palais d'or de Pliœbos-Apollon. Le dieu lui confia, malgré sa crainte amére, Son char et ses chevaux au souffle d'ai^uilon. Et, dès qu'à l'Orient s'enfuirent les étoiles, Que dans les vastes cieux, de sa beauté surpris, L'Aurore, rougissant de paraître sans voiles, Montra son front semblable à des rosiers fleuris, Le mortel, ignorant où l'entraînaient ses fraudes, Lança le char divin constellé d'émeraudes.
Bientôt, habitués à de plus fortes mains, Les chevaux du Soleil s'écartent de la route. Phaëton, étranger aux célestes chemins.
Tressaille, et de terreur son âme s'emplit toute. Il voit les monts s'ouvrir, les fleuves se sécher, Les forêts devenir un immense bûcher, Et comme des flambeaux se consumer les astres. Alors la Terre énorme, en proie à ces désastres, Supplia Zeus vengeur dans les cieux étoiles, Déplorable, et montrant sa tète flamboyante. Son vaste sein tari, ses grands cheveux brûlés, Et ses os de rochers fondus en lave ardente.
Zeus irrité lança du haut du ciel vermeil Sa foudre sur le char enflammé du Soleil. Laissant derrière lui des sillons de lumière, Phaëton s'abîma dans le vaste Éridan.
Telle du vaste azur tombe au fleuve Océan Une étoile, ravie à sa splendeur première.
Sur un lit de roseaux le cadavre meurtri Fut lavé par les maiu^ des tristes Hélïades Avec les eaux du ciel et les pleurs des Hjades. Phœbos en fut ému; de leur front tout flétri Des rameaux verdoyants jaillirent avec force Et leur sein virginal s'environna d'écorce.
HERMÈS
Déesses, pressez vos coursiers !
Comme la flamme des trépieds Que le vent torde leur crinière !
Laissez fuir vos chars de lumière !
Qu'ils soient comme les feux ardents^ Frères des foudres vengeresses, Pressez vos coursiers, ô Déesses; Comme la flamme aux mille dents.
Laissez fuir vos chars éclatants!
LE CHOEUR
D'une goutte de lait un chœur dansant d'étoiles Est-il sorti superbe et la couronne au front, Gomme lorsque Hèra, secouant ses grands voiles, Argenta ce chemin que tous les Dieux suivront. Et fit, en épanchant ses mamelles sacrées, Des mers de diamant dans les mers azurées? On dirait que les Dieux, retirés dans leurs camps, Se sont fait un rempart avec mille volcans. Pourtant sur leurs autels ceints de fleurs et de lierre, Le sang versé ruisselle avec des vers pieux. Quelle clarté nouvelle illumine les cieux Fulgurants, et nous force à baisser la paupière?
Les Nymphes et les Naïades du fleuve entourent Paris endormi sur le mont Ida.