HÈRA
Fils de Priam, approche et viens à mon côté. Si tu m'offres le prix qu'on garde à la beauté, Avec tous les trésors dont l'homme s'extasie,- Je puis mettre à tes pieds les trônes de l'Asie. Règne. Après les grands Dieux on adore les rois, Car, affranchis comme eux de la pudeur des lois, Ils savent le secret des plus humbles retraites, Et trouvent poul' leurs vœux toutes leurs amours prêtes. T,n pniivprç, sur leur** rorps, divins pt snr leurs fronts. Cache aux regards de tous le sang et les affronts, Et leur désir ailé sans limite et sans règle. S'en va droit à son but, comme le vol de l'aigle!
p ALLAS
Fou qui, pouvant prétendre à de riches butins.
S'endormirait stupide au milieu des festins!
Mais moi, loin de t'offrir la pourpre, à tort vantée,
Qu'un ennemi mourant n'a pas ensanglantée,
Vain effroi du vulgaire et des jeunes taureaux.
Je te rendrai l'égal des plus vaillants héros.
Dans les champs de bataille, horreur des pâles veuves.
Où le sang débordé teint de rouge les fleuves.
Sur les fronts les plus hauts j'alourdirai ton bras, J'endurcirai ton cœur, et tu t'enivreras Des clairons pleins de cris, des poudreuses mêlées Et du tressaillement des foules écroulées !
CYPRIS
Tombez, voiles jaloux! Vois les trésors épars Dont j'ose sans rougir enivrer tes regards. Admire mes cheveux d'or pur, mon corps d'ivoire, Où, parmi les blancheurs, tressaille une ombre noire. Qu'ai-je à faire du sceptre et des lourds boucliers? Ces charmes tant chéris, si souvent suppliés, Sont des boucliers sûrs et de paisibles armes. En échange du prix qui cause tant d'alarmes, La fille que Léda conçut près des flots bleus, Dans les embrassements du beau cygne onduleux, Livrera sans colère à ton amour fidèle Son corps charmant, semblable au mien.
Paris laisse tomber la pomme aux pieds de Cypris PARIS
A la plus belle !
CYPRIS
Déesses au cœur fier, habiles au mépris. Voyez quelles beautés ont mérité le prix I C'est toi qui sur l'Olympe, en ses cavernes basses, liera! dans des baisers charmants conçus les Grâces, Et qui les enfantas dans de grandes douleurs. Le sang pur de ta veine a coulé dans les leurs. Tu leur ouvres tes bras, et tu verses sur elles L'intarissable flot des bontés maternelles.
LE sAXti J)j: la coupe. 401
Tu les as fait monter au Parnasse divin, Près des Muses leurs sœurs, et pourtant, c'est en vain Que, sur le roc sonore où les guide Euphrosyne, Tu leur as demandé le regard qui fascine.
Et toi. qui des combats affrontes les hasards,
A quoi donc t'ont servi tes coursiers et tes dards?
Ton front, que riiomme craint plus qu'il ne le révère,
N'a pas été lavé par des baisers de mère;
C'est par une blessure où brilla le sang clair
Que tu jaillis du front de Zeus, comme un éclair,
Et jamais un amant, à l'aurore naissante,
N'a tordu tes cheveux dans sa main frémissante.
Il faut que ton orgueil descende à l'avouer :
Les hommes en retour dédaignent de louer
Celles qui, leur prenant le casque et la cuirasse,
Préparent des festins pour le corbeau vorace.
Mais celle qui chérit mes mystères vantés.
Je lui donne le sens des sages voluptés.
Elle boit à ma coupe, et, sur toute la terre,
Apprend comme aux bosquets de Cypre et de Cythère,
Où j'emplis de soupirs les ombrages discrets.
Tout ce que ma ceinture enferme de secrets !
Et maintenant venez, mes fils aux blondes ailes,
Et vous dont le plumage est blanc, mes colombelles !
Fuyons les cris de rage et les espoirs déçus!
Fendez le sein des airs, et volez au-dessus
Des bois profonds, des mers, des rochers et des syrtes
Vers Cypre bien-aimée, où fleurissent les myrtes !
P ALLA s
0 durs affronts, tonnbés dans des cœurs immortels ! Qui désormais voudra, sur nos tristes autels,
Pour attirer à soi dés regards plus propices, Faire couler à flots le sang des sacrifices? Héra! viens! pour guérir notre cœur ulcéré, Dépouillons la splendeur de notre front sacré. Cherchons l'ombre et le bruit, les promptes funérailles, Les champs tièdes encor de récentes batailles. Où, privés pour jamais du calme des tombeaux, Les héros mutilés râlent, où les corbeaux. Sombres comme l'Érèbe ou comme nos pensées, Planent sinistrement en légions pressées!
Les Déesses, précédées par Hermès, s'envolent sur leurs chars. LE CHOEUR.
C'est moi, fils de Priam, qui parmi ces grands bois Ai doucement, aux sons cadencés de ma voix. Guidé tes premiers pas sur l'herbe, et quand naguères Tu parus dans les jeux, né pour les grandes guerres, Tu vainquis môme Hector, qui de tous tes rivaux Était le plus habile à dompter les chevaux. Maintenant, pour juger les Déesses en larmes Choisi par le roi Zeus, ô berger, tu les charmes ! Tel fut ce bel enfant que je ne verrai plus, Ganymède, enlevé sur ces monts chevelus. Ou tel dans Naxos vint, sur la mouvante lame, Lysios florissant, au visage de femme.